sur site le 19-03-2003
-L'Algérie, Alger, leur Histoire.
Poursuites des opérations militaires et de police
Relations entre Abd-el-Kader et la France
pnha, n°88, mars 1998

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-----La France veut entretenir de bonnes relations avec Abd-el-Kader, mais bien des difficultés font obstacle à ces bonnes intentions.D'abord les termes imprécis du traité de Tafna, relatifs à la délimitation de la frontière orientale de la Mitidja.
-----L'Émir veut accroître sa souveraineté vers l'est de la région qui lui est dévolue ; il essaie de tirer à son profit l'interprétation de contrat transcrit en langue arabe et veut étendre son territoire au-delà de l'oued Kaddara. La France qui veut mantenir ses communications, par terre entre Alger et Constantine, s'oppose.
-----Le général Valée propose au représentant de l'émir, qui l'accepte et le signe, un traité que le gouvernement de la France considère valable alors qu'Abd el Kader se refuse de l'accepter et le considère caduc. Il provoque la France par des harcélements nombreux, sans toutefois vouloir livrer bataille, dans la province de Constantine. La réaction française n'est qu'une simple démonstration pacifique de sa force militaire. Le 18 octobre 1839, le général Valée quitte Mila à la tête d'une colonne forte de 4 000 hommes. Le duc d'Aumale l'accompagne. Le 2 novembre il entre dans Alger après avoir taversé les "Portes de Fer" (défilé des Bibans), moyennant le paiement aux tribus d'un droit de passage. Le 10, un officier est tué dans une embuscade tendue par les Hadjoutes, les 13 et 14 novembre des coups de feu sont tirés contre Blida. L'Emir considère cette expédition comme une violation, bien qu'il ne l'ait pas ratifié, du traité par 1a France et en appelle aux armes en proclamant, le 9 novembre 1839, la Djihad, la guerre sainte.
-----Dès le lendemain, 20 novembre, la Mitidja est envahie et dévastée par les troupes d'Abd-el- Kader.158 français sont surpris et tués dans le camp militaire de l 'oued Alleug. L'émir concentre ses forces sur la contrée algéroise. Il attaque les postes et les camps qui assurent la sécurité de cette province, ce qui conduit à l'évacuation de ces points de défense ; leurs effectifs renforcent les garnisons de Blida, L'Arba, Kara Mustapha et Fondouk. Leur ravitaillement est assuré par des colonnes mobiles. C'est alors qu' Abd-et-Kader décide de s'attaquer à la province d'Oran. Le 13 novembre 1840 il lance des coups de main sur Mazagran, le 17 sur Arzew. Les Gharaba, dévoués à l'Emir, organisent les razzias contre les Douairs et les Smela, fidèles à la France.
-----Le 2 février 1840, la 10è compagnie, du 1er Bataillon d'infanterie légère d'Afrique commandée par le capitaine Lelièvre défend vaillamment la redoute de Mazagran encerclée durant cinq jours et force à la retraite des assaillants. Belle action qui vaut des renforts au Maréchal de France Valée qui fait occuper Médéa et Miliana afin de maintenir uneliaison permanente avec Mostaganem et Oran et il fait également prendre la ville de Cherchell, sur la Méditerranée.
-----Mais les colonnes de ravitaillement font, toujours, l'objet d'incessantes attaques, ce qui influe grandement sur l'état sanitaire des garnisons. Quelques révoltes se manifestent alors dans la population indigène des provinces de Constantine et d'Oran. Le gouvernement rappelle le Maréchal Valée et le remplace par le Général Bugeaud qui avait mis au point un plan d'action de substitution à celui dont l'inefficacité est évidente.
-----L'occupation restreinte, progressive et pacifique va faire place à une action d'envergure.
Paris met à la disposition du nouveau gouverneur les moyens que Bugeaud demande pour mener à bien son projet. Les effectifs supplémentaires de 110 000 hommes équipés et le matériel d'artillerie réclamés, sont rapidement mis en place et permettent la mise sur pied de nombreuses colonnes. Chacune de celles-ci comprend trois, voire quatre, bataillons d'infanterie, deux escadrons de cavalerie, deux batteries d'obusiers de campagne et de nombreux auxiliaires indigènes. Mais Bugeaud dispose de remarquables officiers formés en Algérie dans cette Armée d'Afrique qui ne fait pas que des razzias. Elle se préoccupe de la misère des Berbères et des besoins hydrauliques et organise l'agriculture tout en élevant moralement et intellectuellement la population indigène au contact de laquelle elle vit, au sein d'une grande famille.

 

-----Retenons de ces officiers quelques noms, pour la postérité : Baraguey d'Huilliers, Bedeau, Cavaignac, Changarnier, Duvivier, Lamoricière, Morris, Mustapha Ben-Ismaël. Abd-el-Kader sent un danger car Bugeaud s'attaque aux places de L'Emir et à ses cavaliers qui attaquaient les colonnes de ravitaillement des garnisons. Entre le 30 mars et le 5 mai 1841 Tagdempt (Tekedempt), Boghar, Taza (Thaza) et Mascara sont pris. En juin, les troupes de Bugeaud participent à la récolte dans la plaine d'Eghris. Dès l'automne les opérations sont reprises. Bugeaud bat Abd-el-Kader à Sidi Yahia et après avoir détruit la guetna de Sidi Mahi ed-Din, s'installe à Saïda en octobre 1841.
-----Les tribus n'ont plus foi en Abd-el-Kader, mais craignent ses représailles sanglantes.Les colonnes de pacification poursuivent leur mission et rayonnent à partir de Mostaganem, Oran, Mascara. Bugeaud rentre à Tlemcen en janvier 1842 et lance la colonne commandée par le Général Bedeau sur Nedromah qui se soumet.

----------C'est alors qu'Abd-el-Kader appelle à son secours l'Angleterre, le Sultan de Constantinople et même le Sultan du Maroc, mais sans aucun succès. Alors il lève les Béni Snassen et les lance dans de vains combats. Défaits par l'Armée d'Afrique, ils battent en retraite et se réfugient sur la Sikkak, le 21 mars 1842.
-----Mais l'Emir est inlassable, il rassemble de nouvelles troupes au sein de tribus guerrières qui sont battues, à leur tour, à laTafna par le même général Bedeau. Abd-el-Kader ne désarme pas, toujours ardent, il entraîne les Kabyles au siège de Nédromah.
-----Bedeau le bat à nouveau à Bab-Taza. A Goudjila, sont stockés les matériels, armes et munitions qui étaient dans le réduit de Tagdempt avant la reddition de cette base arrière. Lamoricière s'en empara et faillit prendre l'Emir qui s'échappe et s'enfuit avec sa Smala qui compte environ 60 000 personnes, vers le désert sous la pression des forces commandées par les deux généraux Changarnier et Lamoricière. Bugeaud décide alors d'ouvrir une voie de communication terrestre entre Alger et Oran. Le dogme islamique, transcrit du Coran, empêche les tribus de se rallier à la France qui va, dès lors, pratiquer une politique qui tend à lever le malentendu fondamental.
-----Léon Roches assura les fonctions de secrétaire auprès de l'Emir, de 1837 à 1839 et l'aida dans ses relations extérieures. Le gouvernement de la France lui demanda, tout comme à Sidi Tedjini à Kairouan de participer à lever ce malentendu. Ainsi, grâce à une décision des Mokkadens réunis à la Zaouia de Sidi Tedjini, les Algériens font leur soumission aux Français, en août 1841, sans être en opposition avec le Coran, la Souna et la Charia. Cette "fouetta" est approuvée par les Oulémas du Caire puis par un "medjelés" réuni à Taïf par le Grand Chérif de la Mecque. Des émissaires sûrs et dévoués se rendent dans les tribus et les assurent qu'elles ne subiront pas de représailles après leur soumission. Abd-elKader est pourchassé, sans cesse. Dans le Sud, il retrouve quelques forces avec lesquelles il reparaît, en 1843, dans l'Ouarsenis. Le général Bugeaud occupe le pays : Camp el-Asnam (Orléansville),Tiaret,Teniet el-Had, Boghar.

Lieutenant-Colonel (ER)
Gaston Bautista