La porte Bab Azoun et l'expédition de Charles Quint en 1541
A l'Est, à l'extrémité de la rue Bab Azoun, finissait autrefois la ville turque. A cet endroit s'ouvrait dans la muraille la porte Azoun (El bab Azoun).
Tudury Guy
Pnha n°33 février 1993
sur site le 05/01/2002

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A l'Est, à l'extrémité de la rue Bab Azoun, finissait autrefois la ville turque. A cet endroit s'ouvrait dans la muraille la porte Azoun (El bab Azoun).

la porte Bab Azoun

-----La cité barbaresque était entourée de murailles très épaisses pour supporter un chemin de ronde en permettant la circulation de patrouilles. Elles étaient bordées de créneaux et de meurtrières destinés à la défense d'Alger. Certaines lithographies nous montrent l'aspect de ces murailles dans lesquelles les Turcs avaient percé des portes d'accès ; à l'Est, la porte Bab Azoun et à l'Ouest, la porte Bab el Oued. Mais c'est la porte Azoun, pour des raisons historiques qui retiendra notre attention dans ce récit.

------Cette porte, appelée aussi vulgairement "La porte Babazon", était un arc de plein centre, assez haut pour permettre le passage d'un chameau chargé ; elle était surmontée d'un fronton triangulaire d'aspect gréco - romain, provenant sans doute de quelque ruine antique. De chaque côté de la porte étaient fichés dans la muraille de grands hameçons de fer, à la pointe aiguisée sur lesquels, du haut des remparts, on précipitait les criminels ou les esclaves qui essayaient de s'insurger. La légende dit que les suppliciés mettaient plusieurs jours à mourir dans cette position atroce ; les habitants de la cité barbaresque venaient prendre plaisir à assister à leur lente agonie. C'est contre cette porte Azoun qui vinrent échouer, en 1541, les avants - gardes de l'expédition de Charles-quint.

-----A la tête de la flotte turque, forte de plus de 80 navires ou galères, se trouvait l'Agha Hassan qui fit prendre à la piraterie en Méditerranée un nouvel essor. Les dévastations commises le long des côtes d'Espagne et sur les îles Baléares par ses pirates furent considérables à tel point que Charles-quint exaspéré voulut conduire en personne une expédition contre Alger. L'Empereur, au comble de la fureur, avait proclamé : "Je veux, une fois pour toutes, exterminer les Turcs de Barbarie !". Mais l'Empereur voulait se venger également de Barberousse qui accumulait les victoires sur les navires espagnols. Il mit sur pied une armada composée de 65 galères et 460 navires de commerce affrétés pour le transport de troupes. Ce fut André Doria, le grand amiral génois qui commanda la flotte. Charles-quint, lui - même, prit le commandement des 25.000 soldats que transportaient les vaisseaux.A leur bord se trouvaient les meilleures troupes d'Espagne, d'Italie et d'Allemagne. ------
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L'Ordre de Malte était représenté par 150 chevaliers et 400 hommes d'armes dont plusieurs Français. Fernand Cortes, le conquistador d'Amérique du Sud, le Duc d'Albe et Don Fernando de Gonzague faisaient partie de l'expédition. Sur la galère impériale, de nobles dames en costumes d'apparat avaient pris passage pour assister, comme à une fête, à l'assaut d'Alger.

------ Effectivement, le débarquement se fait presque sans coup férir, le 23 octobre 1541. Il a lieu sur la rive gauche de l'oued Harrach, entre l'embouchure et la plage du Jardin d'essais. L'Agha Hassan, fils adoptif du célèbre et funeste Barberousse, se mit à la tête des troupes Maures. Pendant la nuit du 23 au 24, il harcela les Espagnols mais ceux - ci remportèrent plusieurs succès et s'emparèrent des hauteurs voisines de la cité, en particulier de la colline où fut édifiée, plus tard, le fort l'Empereur, en souvenir de l'endroit où Charles-quint a planté sa tente.

Pons de Balaguer plante sa dague

------De ce magnifique point de vue où l'on découvre toute la baie d'Alger, l'Empereur peut croire que la partie est gagnée. Mais il n'a pas compté sur le mauvais temps. Le ciel qui était fort beau la veille, se couvrit soudain de gros nuages pendant la journée du 24. Le vent se leva, annonciateur d'une tempête comme seule la Méditerranée sait en affliger. La flotte fut dispersée, des navires sombrèrent, le débarquement des hommes, du matériel et des tentes de protection ne put se faire. Comble d'infortune, une pluie diluvienne s'abattit et détrempa rapidement tous les chemins. "Dieu est avec nous !" (Allah Manha !) s'écrient les Turcs et les Maures qui reprennent courage. La légende dit que le Marabout Sidi Retika, protecteur de la ville, frappait la mer à tour de bras pour soulever la tempête. Le lendemain, avec Hassan à leur tête, Maures et Turcs firent une sortie et remportèrent sur les troupes fatiguées une facile victoire. Seuls, les Chevaliers de Malte résistèrent et arrêtèrent l'assaut. Tandis que l'armée impériale, démoralisée, regagnait en débandade la côte, les Chevaliers de Malte couvrent la retraite, arrivant même, un instant, à repousser leurs assaillants jusqu'aux murailles de la cité.
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C'est alors que le Français Pons de Balaguer dit Savignac, porte - étendard des Chevaliers de Malte, vint, sous une grêle de traits, planter sa dague dans la porte Bab Azoun en criant "Nous reviendrons !". Prophétie qui va se réaliser 289 années plus tard... Charles-quint, sous une pluie battante, reconduisit les restes de son armée vers le Cap Matifou où les navires d'André Doria qui n'avaient pas été jetés sur la côte, trouvèrent un refuge précaire. Privés de nourriture et de sommeil les soldats se couchaient dans la boue ; ils étaient sans force pour résister aux assauts des Turcs qui harcelaient sans cesse les arrières gardes. Pour rejoindre les navires, il fallut au retour franchir l'Oued Harrach démesurément grossi par la pluie. La retraite fut lamentable dans les terres défoncées et gorgées d'eau. Enfin, le 3 novembre 1541, les débris de cette expédition qui devait anéantir la puissance barbaresque d'Alger, se retrouvaient à bord des vaisseaux. L'Empereur avait perdu dans cette affaire environ 8.000 hommes et 150 navires. La retraite avait duré trois jours !

------ André Doria, accablé, eût ces propos légendaires devant ses lieutenants, atterrés par le désastre "N'avais ? je pas raison de dire à l'Empereur que la saison n'était pas favorable ? L'Afrique n'a que trois bons mois, juin, juillet et août. Pourquoi avoir choisi ce maudit mois d'octobre !".

------Le porche de l'ancienne porte Azoun fut démoli en 1846. Ses pierres ont ensuite servi à la construction de la maison du Caïd "El Bab", ancien gouverneur des portes d'Alger ; cette demeure se trouvait à Birkadem.


------Avant la deuxième guerre mondiale, la municipalité d'Alger fit apposer une plaque commémorative, près de l'endroit où existait l'ex-porte Azoun,( note de l'auteur du site: je n'ai jamais cherché à remarqer cette plaque vu que je n'en connaissais pas l'existence!) en souvenir du Chevalier Pons de Balaguer, ce Français qui périt non loin de là, victime de sa fougue et de sa témérité.

Tudury Guy