-La Banque de l'Algérie
-DES ÉTABLISSEMENTS FINANCIERS DE L'ALGÉRIE
Par N. Isidore TACHET
Envoi de Simon Laborde Guy
sur site le 23-4-2009

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etablissements financiers

Avant 1849, le crédit n'existait pour ainsi dire pas en Algérie. La Banque, placée entre les mains de petits escompteurs, obligeait le commerce à subir des exigences qui mettaient hors de prix le loyer de l'argent. Cela avait pour conséquence forcée d'empêcher le développement de l'agriculture, du commerce et de l'industrie.

Nous étions, pour ainsi dire, reculés au XVIe siècle en France, ce qui faisait dire à Bodin, secrétaire de Henri III, lorsqu'il émettait son opinion sur le commerce de la France, durant le siècle qui précédait celui où il vivait : " Oncques nous ne trafiquions en lieu du monde, sinon entre nous ; mais cestait seulement de marchandise en marchandise, comme de bled à vin et de vin à bled, et ainsi des autres ; car d'or et d'argent, il ne s'en parlait point, veu que nous n'avons mine ny que de l'un, ny que de l'autre, que bien peu d'argent qui couste plus à affiner qu'il ne vault. "

Telle était notre propre situation ; mais la face des choses a bien changé, à l'avantage de l'Algérie.

Vers la fin de 1849, nous voyons s'établir le Comptoir d'Escompte, sous le patronage du Gouvernement ; malgré le modeste capital d'un million et demi avec lequel cet établissement de crédit dut faire ses opérations, il se développa avec une telle rapidité, que l'Assemblée nationale n'hésita pas d'adopter, le 4 août 1851, une loi lui substituant la Banque de l'Algérie.

La confiance de l'État ne fut point trompée ; la Banque, dont le capital était d'abord de trois millions de francs, vit successivement s'élever ce capital à dix millions, puis à vingt millions.

Les opérations de la Banque consistent à escompter tous les effets de commerce revêtus de deux signatures au moins, à escompter les effets négociables garantis par des dépôts de marchandises, des transferts de rentes, dépôts de lingots, de monnaie ou de matières d'or et d'argent, à prêter sur les effets publics, rentes, obligations des chemins de fer d'Algérie et sur les obligations des villes, cotées à la Bourse de Paris. Elle est autorisée à créer des billets de banque qui ont cours légal, et fait toutes les opérations permises à la Banque de France.

Cet établissement financier est arrivé à un tel essor que, pendant son dernier exercice, il a escompté 423,535 effets, pour une somme de 351,062,884 fr. 34, sans compter toutes ses opérations accessoires.

Sans contredit, la Banque de l'Algérie a rendu et rend d'immenses services au petit commerce, dont l'accès est facilité par une excellente direction. Il emprunte aujourd'hui à. un taux d'intérêts de 4 % l'an, ce qui lui permet d'assurer immédiatement, à bon compte, la réalisation de ses ventes, et de développer sans cesse ses affaires. Le commerce d'exportation est actuellement très favorisé par la Banque, qui escompte le papier sur France à 2 ,5 %.

Un semblable progrès devait solliciter l'attention des sociétés financières françaises ; c'est ainsi que nous avons vu venir s'installer le Crédit Lyonnais, qui, de suite, s'est formé une clientèle importante et fructueuse.

Depuis que la Compagnie algérienne a succédé à la Société Générale algérienne, liquidée à la suite de pertes dont l'Algérie n'a pas fait les frais, la Compagnie algérienne, disons-nous, est arrivée à faire un chiffre d'escompte considérable ; ses comptes rendus dénotent une bonne entente des affaires financières et ses titres deviennent en faveur. Elle commence à tirer bon parti des cent mille hectares de terres concédées ; elle en fait des locations que les preneurs emploient à la culture des céréales et à l'élève du bétail ; nous sommes heureux de rendre justice à la Compagnie algérienne, qui a jugé utile de joindre aux exploitations actuelles la création de vignobles. Nul doute qu'elle n'obtienne des résultats satisfaisants.

Sans parler des banquiers privés, dont plu
sieurs mériteraient cependant d'être cités pour leurs opérations sérieuses, nous ne passerons pas sous silence la Société des Comptoirs maritimes de Crédit industriel et commercial, société anonyme créée à Marseille et maintenant constituée au capital de dix millions de francs. Cette société a, depuis peu, installé un comptoir à Alger, et elle en a confié la direction à l'honorable M. Antoni, bien connu des Algériens ; les opérations de ce comptoir se développent rapidement. Les Docks d'Alger viennent d'être ac quis par cette société, et ne sauraient manquer de rendre d'utiles services au commerce local et aux agriculteurs.

Bien que la Caisse d'Épargne soit plutôt considérée comme une institution de bienfaisance, elle n'en est pas moins une caisse de dépôt ouverte au profit des travailleurs économes, animés du véritable esprit d'ordre. Il suffira, pour prouver que cet esprit existe bien réellement dans la classe laborieuse et intéressante des déposants, de citer en deux mots la situation de la Caisse d'Épargne d'Alger au 31 décembre 1880 : elle comprend 6,508 livrets, formant ensemble un solde dû aux déposants s'élevant à 1,284,974 fr. 53 c.

De création récente, nous avons le Crédit Foncier et Agricole d'Algérie, fondé au capital important de 60 millions. Cette société, qui a son siège à Alger, aura bientôt des succursales et des agences sur tous les points de. l'Algérie. Comme l'indique son titre, le Foncier algérien a pour objet de prêter sur hypothèque aux propriétaires d'immeubles urbains ou ruraux en Algérie, avec ou sans amortissement ; de prêter avec ou sans hypothèque,. aux départements, communes et douars, et aux établissements publics ; d'acheter, négocier, émettre les obligations créées ou à créer par les départements, communes ou associations syndicales.

Au point de vue spécial des colons, la Société du Crédit Foncier et Agricole peut également prêter aux propriétaires ou simples concessionnaires d'immeubles, soit à long terme, soit à court terme, par obligation ou ouverture de crédit, des sommes à employer pour l'amélioration du sol, les défrichements et la construction des bâtiments urbains ou ruraux, et, lorsqu'une loi spéciale aura appliqué à l'Algérie les dispositions de la législation coloniale à ce relative, le Foncier algérien pourra également prêter sur récoltes pendantes. Enfin, par les soins de cette société, il sera sans nul doute établi, partout où les besoins s'en feront sentir, des magasins généraux qui pourront, à peu de frais, renfermer les récoltes de nos agriculteurs en leur faisant des avances.

De tout ce qui précède, on peut conclure que le crédit se trouve parfaitement organisé en Algérie; il est complet, et cependant son organisation n'a pas dit son dernier mot, car de nouvelles sociétés de crédit sont encore sur le point dé se former Les assemblées constitutives du Crédit Algérien viennent d'avoir lieu. Cette société est constituée au capital de vingt millions ; il est également question d'une société commerciale et agricole algérienne, ayant son siège à Paris. Ses opérations auraient pour but des acquisitions de terres en Algérie, leur mise en culture, l'achat des produits de l'Algérie. Enfin, sous le patronage du Crédit Foncier et Agricole, nous allons voir se constituer une grande Société des Magasins généraux de France et d'Algérie. Cette société, en voie de formation, rendra certainement d'importants services en établissant entre la France et notre Colonie des relations incessantes d'affaires.

Telle est la situation des établissements financiers de notre pays . Le crédit est affirmé ; il aidera puissamment à développer encore ce grand mouvement commercial et industriel qui tend à inspirer aux habitants de l'Algérie des sentiments pacifiques, en rendant, par la solidarité des opérations, leurs intérêts communs, et à nous rapprocher de la mère patrie par l'échange des produits et par l'exploitation des richesses de notre territoire.