L'ÉCOLE COLONIALE D'INDUSTRIE DE DELLYS
Texte issu , avec autorisation, de la revue n° 78, janvier 2014, "A.F.N. Collections"
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janvier 2014

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A mon avis, ne pas zoomer à plus de 125 à 150% pour que les photos ne soient pas trop dégradées...Enfin, "c'est vous qui voyez" (ou pas).

L'ÉCOLE COLONIALE D'INDUSTRIE DE DELLYS

L' " Ecole Coloniale d'Apprentissage de DeIlys " fondée en 1877, a remplacé celle de Fort-National, brûlée pendant l'insurrection de 1871.

Elle a pris, en 1929, le nom d' " Ecole Coloniale d'Industrie de Dellys ".

Tout d'abord destinée aux indigènes, elle fut réorganisée en 1905, en vue de la formation d'ouvriers français et indigènes, aptes à devenir de bons contremaîtres ou des chefs d'entreprise. Son enseignement vise spécialement les métiers qui emploient le fer et le bois, ainsi que les applications industrielles de l'électricité.

Installée sur un promontoire qui domine la mer, cette Ecole offre aux élèves les meilleures conditions d'hygiène. Son aménagement intérieur présente toutes garanties de salubrité: des douches maintiennent la propreté corporelle ; les classes, salles d'études et réfectoires sont largement aérés ; les dortoirs sont constitués par des chambres de douze lits, desservies par des couloirs vitrés. Les cours de récréation sont vastes et plantées d'arbres touffus ; on y jouit d'un panorama splendide. L'infirmerie occupe un local isolé.

La durée des études est de trois ans. Le programme en est actuellement fixé par un arrêté du 15 mai 1913. L'enseignement théorique comprend des cours de français, d'histoire, de géographie industrielle, d'arithmétique, d'algèbre, de géométrie, de trigonométrie, de géométrie descriptive, de mécanique, de physique, de chimie, d'électricité, de dessin, de technologie, d'hygiène et de législation industrielle, d'économie politique et d' arabe.

L'enseignement pratique est donné aux ateliers et aux laboratoires de chimie et d'électricité. Le travail manuel absorbe 27 heures par semaine et les exercices de laboratoire 4 heures.

Les ateliers sont vastes et dotés d'une installation électrique complète assurant l'éclairage général et la force motrice au moyen du courant triphasé fourni par la Compagnie Lebon. Ils possèdent deux moteurs à gaz pauvre de 50 et 30 HP, une machine à vapeur de 20 HP, un moteur à essence, type Aster et une machine à vapeur à simple effet.

A tour de rôle, les élèves passent à la salle des machines et sont initiés à la conduite des moteurs et à la manoeuvre du tableau de distribution.

L'enseignement manuel comporte le travail des métaux (forge et ajustage), celui du bois (menuiserie et modelage) et la fonderie pour laquelle on dispose d'un outillage complet.

Des visites d'usines et d'installations industrielles ont lieu sous la conduite des professeurs de l'Ecole au cours des deuxième et troisième années scolaires.

Le niveau des études est à peu près le même que celui des écoles Nationales professionnelles de la Métropole.

A la fin de la scolarité, les élèves ayant satisfait d'une manière complète à toutes les épreuves de l'examen général de sortie, reçoivent un diplôme. Ce diplôme, délivré par le Gouvernement Général, leur confère le titre d'élève breveté de I' " Ecole Coloniale d'Industrie de Dellys " et leur procure certains avantages dans les services techniques des P.T.T. et des Chemins de fer. Les élèves brevetés ont d'ailleurs toujours réussi à se créer des situations dans l'industrie ou les services techniques de l'Administration.

Le tableau ci-dessous indique les principaux débouchés offerts aux anciens élèves de l'Ecole Coloniale de Dellys :
- Ponts et Chaussées : Ingénieurs T.P.E.; adjoints-technique-dessinateurs ;
- Voirie : Ingénieurs du Service vicinal ; ingénieurs-adjoints ;
- Chemins de Fer : Chef de section ; chef de subdivision ; piqueurs ; dessinateurs; chefs et sous-chefs de dépôts ; chefs de traction ;
Service topographique: géomètres ;
- Postes, Télégraphes et Téléphones : Agents mécaniciens des P.T.T. (20 ont été reçus en 1928-1929) ;
- Industrie : Chefs d'ateliers ; contremaîtres ; architectes.

Le développement constant de l'outillage économique de l'Algérie conduit les services publics à recruter un nombre sans cesse accru d'agents techniques. Ainsi s'explique la faveur dont jouit cette école, qui constitue une véritable pépinière de fonctionnaires techniques pour nos possessions de l'Afrique du Nord.

Michèle MANIVIT

Ref: L'enseignement professionnel et technique en Algérie. Publication du Gouvernement Général de l'Algérie. Baconnier Frères. Alger. 1930

SECTION SPECIALE INDIGENE

A l'Ecole Coloniale d'Industrie de Dellys est annexée une Section spéciale destinée aux indigènes qui ne possèdent pas une instruction suffisante pour subir le concours d'entrée de l'Ecole. Aucun examen n'est imposé pour l'admission à cette Section spéciale.

Les élèves indigènes, au nombre de 40, y sont logés, nourris et entretenus gratuitement. Ils suivent dans les ateliers de l'Ecole les mêmes cours pratiques que les autres élèves et des leçons spéciales très simples, appropriées aux cours pratiques, enseignées par des professeurs de l'Ecole (arithmétique, géométrie, électricité, dessin, français, sciences).

Plus de 150 demandes d'admission en section indigène ont été reçues en 1928. Elles émanent pour la plupart de jeunes kabyles désireux d'apprendre un métier. Presque tous sont munis du certificat d'études primaires. En présence d'un recrutement aussi facile, l'Administration envisage l'augmentation progressive de l'effectif indigène de cet établissement. Les ouvriers qui y sont formés s'installent comme artisans dans leurs douars, où leurs services sont très appréciés.

Un peu d'histoire

En 1880 l'Ecole ouvrait avec 23 élèves sous l'autorité militaire du Commandant du Génie AUGE, qui connut, dépendant de l'intendance, des difficultés financières et ne pouvait plus poursuivre sa tâche.

Par décret du 9 juillet 1883, elle fut placée sous l'autorité du Ministre du Commerce et de l'Industrie sous le nom d'Ecole Nationale d'Apprentissage des Arts et Métiers, et explique l'écusson représentant une équerre et compas encerclés d'une couronne de feuilles de chênes, ainsi que la chanson des "gadz'arts". Un décret du 12 Août 1883 fixait à 60 internes l'effectif maximum (20/promo). A la suite de l'autonomie financière accordée à l'Algérie, par décret du 21 Septembre 1900, l'Ecole devient Coloniale d'A.A. et M. sous l'autorité exclusive du Gouverneur Général de l'Algérie, Direction de l'Agriculture et du Commerce. Un décret du 22 octobre 1905 fixait le nombre d'élèves internes à 120 avec une scolarité de trois ans, -créait, pour répondre à des besoins locaux, un externat et un internat indigène de 30 élèves boursiers, recrutés par examen du niveau du Certificat d'études,

Ecole Nationale :

A la suite de nombreuses démarches d'hommes politiques, de l'Amicale fortement représentée par ses membres dans l'Administration et du nouveau directeur nommé après la guerre, en 1950, le type d'enseignement était conservé, l'Ecole devenait une E.N.P. et était placée sous l'autorité du Ministère de l'Education Nationale, attirant du même coup tous les crédits nécessaires. C'était la seule école de France qui regroupait dans son enseignement en plus des disciplines d'industrie, une section d'horlogerie (réservée jusque là à l'E.N.S. de Cluses), une section de froid (réservée à l'E.S. de Saint Ouen) et une section de Travaux Publics. Des E.P.S. lycées et collèges d'Oranie assuraient une préparation au concours ce qui explique le fort pourcentage de 50 à 75 % d'oranais dans les promotions.

Jusqu'en 1941, le régime intérieur hérité de l'organisation militaire d'origine, comprenait des adjudants, sergents, caporaux qui assuraient par promotions le respect de la discipline. La prison étant la sanction principale et la promenade, un défilé avec fanfare en tête à la grande joie des habitants de Dellys. Ce régime fut modifié au cours des dernières années et la discipline confiée à un surveillant général secondé par un surveillant mais aussi par des anciens ou élèves de 4ème année.

Bilan :

De 1880 à 1962, lors des deux guerres l'école ayant été fermée durant 6 années, 77 promotions sont passées, représentant une formation de 2600 à 2800 " gadz'arts ". Tous techniciens et cadres dont 352, Directeurs, Ingénieurs ou Chefs de Services étaient affectés dans les Chaussées, Mairies, Cadastres, services de l'Etat ou des Etablissements publics, Ponts et Equipement, Génie Rural, PTT, EGA, CFA.

Jean-Claude ROSSO
Bulletin d'Info 325 du 4 décembre 2013