Alger, Algérie : documents algériens
Série culturelle :villes d'Algérie
l'évolution de la rue musulmane d'El-Djezaïr
16 pages, croquis, plan - n°75 - 25 avril 1955

-----------Nous voyons que nos ancêtres, qu'ils fussent Français, Musulmans ou autres ont tous eu le même souci de dénommer leurs voies par un nom rappelant une activité ou se rattachant à un fait caractérisant le quartier. Ce n'était, au fond, pas tellement déraisonnable. Gageons que les édiles de ces époque; lointaines ne s'embarrassaient pas des mêmes considérations que celles d'aujourd'hui, sans doute fort louables en soi, mais qui ne permettront pas de donner à nos rues modernes un nom qui soit une page de leur histoire urbain

mise sur site le 7 - 04 - 2005
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1 : coupe de Benia-Achir et coupe du J'bel d'Alger , d'après GMarçais.
2.- El-Djezaïr en 1831, d'après capitaine Morin effectués dès 1830 ( montage réalisé à partir de 2 parties)
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---------A l'origine de notre cité, et avant l'apparition de toutes constructions, la colline sur laquelle s'édifie le quartier de la Casbah d'Alger avait, bien entendu, des ravines beaucoup plus importantes.
---------Cette croupe aux sous-sols constitués par les schistes brillants, était sillonnée par des ruisseaux et des ravins dont les deux principaux apparaissaient sur la carte de 1831. Ces deux dépressions s'étendent, l'une de la Casbah à l'emplacement de l'ancien fort Bab-Azoun, aujourd'hui square Bresson, l'autre de la Casbah à l'emplacement de l'ancienne porte Bab-El-Oued que l'on peut approximativement aujourd'hui situer près du Lycée Bugeaud. Elles constituent les deux côtés égaux du triangle sensiblement isocèle présenté par l'allure générale du plan d'EL-DJEZAIR. Elles drainaient l'eau de pluie qui suivant des chemins souterrains, s'infiltrait dans les diaclases, se répandait suivant les failles schisteuses et, parfois, revenait à l'air sous forme de sources dont les principales (l'AIN EL N'ZAOUKA, l'AIN EL OLDJ, l'AIN EL ATOCH, l'AIN AMRA, et les sources de la Place du Gouvernement furent repérées et utilisées par les habitants d'EL-DJEZAIR avant la restauration et la construction des aqueducs. Peut-être même, les Phéniciens d'Ikosim et les Romains d'Icosium ne les ont-ils pas négligées. La présence de citernes d e grande capacité situées encore aujourd'hui sous la Cathédrale pourrait nous permettre de le croire.
Grâce aux renseignements que nous avons pu puiser dans les documents établis à l'occasion du nivellement général de la Ville d'Alger (Restitution topographique des plans aériens de la C.A.F.) nous avons pu reconstituer, au moyen de courbes de niveau, l'allure de la colline.

---------Bien entendu, les points de nivellement utilisés représentent les cotes d'aujourd'hui, c'est-à-dire selon toute vraisemblance, celles qui sont déterminées par la cote du fond du thalweg augmentée de la hauteur de l'égout et de l'épaisseur du remblai.
---------C'est dire que la représentation actuelle par courbes de niveau nous donne, néanmoins, une allure générale moins tourmentée que celle d'origine.
---------Le plan à courbes de niveau, ci-joint, .donne une idée de l'allure générale de cette colline.

---------L'on voit dans cette figuration, l'importance des thalwegs et des croupes et, aussi, le parti que l'on pouvait tirer de ce site pour la construction d'un groupement urbain, parti édilitaire autant que défensif.
---------Les ravines ont été désignés par les lettres A-B-C-D-E-F-G.
---------Nous relevons sur ce plan topographique, deux natures générales de voies
---------a) dans le bas, le tracé des rues rappelle, dans son ensemble, le tracé en échiquier des Romains,
---------b) dans la partie haute, le plan général de ces rues est complètement différent. La rue Bab-El-Oued semble être le cardo maximus N.S., la rue de la Marine le décumanus E.O.
---------L'ensemble présente une série de rues parallèles (rues des Trois couleurs, Duquesne, de la Charte, d'Orléans, des Consuls) auxquelles viennent se raccorder une série de rues perpendiculaires (Doria, Navarins, des Lotophages, Bruyès, Bélisaire, Eginaïs, de la Licorne, de la Marine).
---------Ce tracé constitue, à n'en pas douter, une disposition qui, déformée, certes, est l'ancienne trame urbaine de l'Icosium des Romains.
---------La grande voie reliant les portes Bab-El-Oued et Bab-Azoun (rues Bab-El-Oued et Bab-Azoun) est située sur une courbe de niveau (cote 17) et, à peu de chose près, ne présente pas de différence de nivellement d'un point à un autre.
---------Nous rappelons simplement qu'il a été établi que les rues de la Marine, Bab-el-Oued et Bab-Azoun d'aujourd'hui, sont d'anciennes voies romaines qui, aujourd'hui encore, ont révélé quelques vestiges (notamment des dalles de rues), au cours des fouilles faites à l'occasion de travaux.
---------Dans la partie qui s'étend au-dessus de la ligne rues Bab-El-Oued et Bab-Azoun, le tracé des voies est complètement différent. Ce réseau, chaotique, désordonné, sillonne apparemment la colline en tous sens et, pourtant, il présente deux aspects de rues
--------- -celles qui sont situées sur les croupes et qui rappellent les sentiers de la montagne kabyle ;
---------- celles que l'on décèle à l'emplacement des ravins.
---------Examinons successivement ces deux sortes de voies
---------Parcours
---------A
: rue de la Mer Rouge, une partie de la rue Médée, rue de Nemours.
---------B : une impasse sans nom sur la carte, rue de la Girafe.
---------C-D : rue de la Gazelle, rue du Chameau, rue de Thèbes, rue comprise entre les rues des Sarrasins et de Thèbes.
---------Parcours
---------E : rues du Lézard et Juba.
---------F : rue du Regard, rue du Divan jusqu'à la place du Gouvernement sous laquelle apparaissent des sources.
---------G : une partie de la rue de la Casbah, rue de Toulon, une partie de la rue de l'Etat Major.
---------Si nous suivons ces dépressions, nous remarquons qu'il existe, en général, une source sur leur parcours ou à une de leurs extrémités.
---------Les principales émergences que l'on rencontrait sont
---------- l'AIN N'ZAOUKA située sur la dépression correspondant aux rues du Chameau et de Thèbes,
---------- l'AIN ESSABAT située sur le ravineau de la rue de la Mer Rouge,
---------- "AIN EL ATOCH que l'on voit sur le prolongement de cette dernière dépression,
---------'AIN EL CHEIK HOSSAIN située sur la dépression de la, rue de la Girafe,
---------- l'AIN EL DJEDIDA que l'on trouve sur la dépression de la rue du Regard,
---------- l'AIN EL OLDJ qui, faisant exception, est située sur une ligne de croupe, dans la rue de la Casbah
---------Le croquis montre que tous ces ravineaux semblaient vouloir se rassembler et, dans l'ensemble. convergeaient vers l'actuelle place du Gouvernement. C'est ce qui explique que les sous-sols de cette dernière sont toujours mouillés par de nombreuses infiltrations dont l'importance a nécessité la captation de ces eaux et leur déversement à la mer.
---------C'est l'existence de ces sources qui explique celle des nombreux puits qui existaient dans presque toutes les demeures d'EL-DJEZAIR.
---------En résumé, nous pouvons déterminer trois sortes de rues dans l'ancien EL-DJEZAIR
---------a) la rue romaine qui a été conservée par les Berbères, les Arabes et les Turcs et qui subsistant jusqu'ànos jours (Ces rues du quartier de l'ancienne Préfecture ont disparu à partir de 1940, au rnom'nt de la démolition des maisons de ce quartier.), avec, bien entendu, quelques modifications, a suivi 1a courbe de niveau (rues BabEI-Oued-Bab-Azoun, représentant le cardo rue de la Marine perpendiculaire, représentant le décumanus maximus),
---------b) la rue créée par l'usage, sur les croupes (rue de la Casbah, Porte Neuve qui, voies principales du quartier de la Casbah, sont d'anciens sentiers nés de la même manière que ceux de la, montagne kabyle. Plus utilisés parce que plus anciens d'abord, offrant une circulation plus facile ensuite. ils ont créé une voie principale, plus longue et plus droite que les autres. Ils constituent en quelque sorte, les 2 voies radiales de la cité, qui sont des voies de pénétration de la campagne ;
---------c) la rue née de la dépression. C'est celle créée par la construction des immeubles en bordure du ravineau.
---------Comme de nombreuses voies européennes construites dans une dépression (la rue Valentin, la rue Burdeau, par exemple), la voie musulmane née du ravin s'est formée de la manière suivante
---------Les petits thalwegs qui recevaient les eaux de pluie, attiraient les maisons sur leurs bords en raison de la facilité d'évacuation qu'ils offraient pour l'écoulement simple et rationnel des eaux usées. Ces eaux provenant des immeubles ne pouvaient s'écouler à l'air libre, aussi, la nécessité de couvrir ces petites dépressions se fit sentir.

---------L'on canalisa donc ces thalwegs en construisant dans leur fond des ouvrages divers (buses vernissées pour les petits débits, égouts à section carrée, en maçonnerie de briques turques et de pierre pour les évacuations plus importantes).

---------Ces ouvrages légers suivaient les sinuosités du ravineau.
---------C'est ainsi que prit naissance le réseau d'égouts d'EL-DJEZAIR dont les éléments sont encore visibles de nos jours au cours des sondages et des fouilles exécutés pour réparations ou recherches. Ces ouvrages furent recouverts de terre et, de part et d'autre, des immeubles furent édifiés qui ne pouvaient être construits qu'à proximité. Il est d'ailleurs à remarquer que dans l'Alger turc, il n'existe aucun ouvrage que nous désignons aujourd'hui, par les noms de fosses étanches ou septiques.

---------La rue fut ainsi constituée par l'espace laissé entre deux maisons. au fur et à mesure des constructions. Certaines de ces demeures furent par la suite, au cours de l'évolution d'EL-DJEZAIR, entièrement édifiées sur des ravineaux et c'est ce qui explique que certains égouts d'origine turque passent encore sous des maisons.
---------Par la suite, et au fur et à mesure des nécessités, la rue fut pavée au moyen de petits pavés de calcaire bleu que l'on trouve rarement aujourd'hui, tous ces pavages ayant été remaniés et remplacés en 1934 par les modèles en usage aujourd'hui.

---------C'est cette origine de la rue (ravineau) qui explique que les voies de la CASBAH D'ALGER soient aussi tortueuses parce que, comme nous l'avons dit plus haut, les égouts suivaient les sinuosités du ravin.

---------A ces trois groupes principaux de voies, nous pouvons ajouter toutes les autres qui les relier et qui présentent chacune un des trois types ci-dessus.
Ils correspondent chacun à une époque
---------- un suivant la courbe de niveau : ère romaine,
---------- un suivant la croupe : ère kabyle,
---------- un suivant la dépression postérieure à l'ère kabyle (ère arabo-turque), tout au moins à l'origine de quelques rues.
---------Ceci peut nous conduire à situer les époques de constructions.
---------Selon toute vraisemblance, les immeubles musulmans ont d'abord été édifiés dans la ville roi ne sans doute pour plusieurs raisons
---------a) possibilité d'utiliser les pierres provenant des ruines de l'ancien Icosium. Elles furent récupérées, sans aucun doute, par les Berbères de l'ère de Bologhine pour la construction de DJEZAIR BENI MEZGHANNA et notamment de ses remparts,
---------b) mise en œuvre de ces matériaux sur un endroit tout indiqué, les rues existantes ne nécessitant que quelques aménagements au travers des siècles, se sont présentées à nous avec, bien entendu, quelques légères déformations,
---------c) utilisation du site, non seulement pour ces deux raisons, mais encore parce que cette portion de territoire comprise entre la rue Bab-El-Oued et la cote (proximité de la mer) était toute désignée comme étant la plus favorable pour une ville appelée à devenir commerçante, si l'on en croit IBN HAUKAL, qui fut frappé par le " grand nombre de bazars " et " l'importance des exportations de miel, de beurre, de figues et d'autres fruits. " (LESPES. ALGER esquisse de géographie urbaine (Edition 1952 page 44).)
---------Ces exportations nécessitaient l'utilisation d'un mouillage naturel, et, par là même, l'obligation d'avoir la ville près de la mer.

---------Le commerce devenant florissant (EL BEKRI au XIIè siècle, LESPES (O.C., page 44)) la population augmentant, l'importance de la ville grandit et la nécessité de construire se fit sentir.

---------Les limites de la cité devinrent insuffisantes ; canalisée par ses remparts, elle prit un développement vers le haut de la colline et au-delà de la ligne formée par les rues Bab-Azoun et Bab-El-Oued.

---------Cette partie, comprise entre ces voies (ou peut-être un peu plus haut) et la citadelle de Bologhine qui était située près de la mosquée Sidi Ramdane, eut ses jardins envahis par les immeubles au fur et à mesure de l'augmentation de la population.

---------Il est hors de doute que ces derniers furent d'abord construits en bordure des voies du type " B " énoncé plus haut, les voies principales (rues Porte-Neuve et de la Casbah) situées sur les lignes de crête des croupes.

---------La population continuant à augmenter en raison de l'apport des populations refoulées d'Espagne qui s'installèrent dans la partie haute de la cité, il fallut construire encore et les immeubles s'accolant à ceux déjà édifiés, envahirent petit à petit les parcelles d'espaces libres entre la crête de la croupe et le fond des thalwegs voisins.
---------Ces bâtiments, pour " voir a la mer, se placèrent autant que possible à peu près à la même horizontale que leurs voisins et c'est ce qui explique que, dans l'allure générale le plan des immeubles de la Casbah nous montre des constructions qui suivent à peu près les courbes de niveau déterminées sur nos croquis.

---------Mais l'arrivée des Turcs avec ARROUDJ provoqua un apport de population nouvelle qui draina avec elle les tribus, telles que celle de TEXANA (près de DJIDJELLI) (Les originaires d' TEXANA s'étaient vaillamment conduits au combat à côté des troupes d'ARROUDJ : ce dernier 1es autorisa à le suivre dans ses aventures guerrières. Ils devinrent ainsi les ravitailleurs des soldats d'ARROUDJ et, jusqu'a nos jours, ont constitué une véritable corporation de marchands de légumes. D'autres sont devenus des cantonniers que l'on retrouve aujourd'hui dans les équipes municipales.). Les remparts de la cité devinrent insuffisants, il fallait construire encore ; ruais les besoins de la défense l'imposant, l'on dut construire une citadelle bien plus haute et augmenter la longueur des défenses.
---------L'espace laissé libre entre les nouvelles constructions défensives servit également à l'édification de nouveaux immeubles dont certains devaient être sans aucun doute à usage militaire.
---------D'ailleurs, si l'on en juge par le nom de deux rues situées dans cette partie, il semble que des casernes de soldats turcs y étaient construites.
---------L'on y relève, en effet, sur la carte de 1830, la rue des Mamelucks et la rue des Janissaires (Bien que los noms de rues aient été donnés et certains remaniés par les Français en 1830, la plupart ont été déterminés par des faits existants et notamment pour la circonstance par la présence de bâtiments dans lesquels logeaient des soldats d'une certaines catégorie, Il est hors d e doute que le gouvernement militaire turc séparait les soldats de diverses origines (Mamelucks d'un côté, Janissaires de l'autre),).
---------Ces deux catégories de soldats étaient, les uns des Turcs (les janissaires), les autres les Mamelucks venus d'Egypte après avoir été placés après leur échec sous l'autorité de SELIM ler.
---------Ces divers rapprochements nous permettent d'affirmer que c'est dans cet espace compris entre les remparts de BOLOGHINE (950) et ceux d'ARRCUDJ (1580) qu'ont dû s'installer les éléments militaires du premier corsaire turc d'ALGER.
---------Par la suite, la population augmenta encore considérablement (voir notre courbe démographique) pour atteindre en 1634, dit le père DAN, le nombre de 15.000 immeubles et de 100.000 habitants.
---------Cet afflux considérable d'habitants fut déterminé, selon Gramaye par plusieurs causes dont les principales étaient
---------- L'arrivée des Maures rejetés d'Espagne en 1609, qui occupèrent 300 constructions nouvelles ;,
---------- L'apport des populations par suite de la démolition du quartier Bab-Azoun pour motifs militaires en 1573 sur l'ordre de ARAB AHMED ;
---------- La natalité dépassant la mortalité,
---------- L'arrivée de nombreux et fréquents renforts turcs.
---------Cette importante poussée démographique nécessita la construction de nombreuses maisons et, sur les espaces libres, furent édifiées d'autres constructions qui avaient peut-être un petit jardin. La population augmentant, les jardins disparurent, le moindre espace se couvrit de maisons et, lorsqu'il n'y eut plus de terrains libres, l'on construisit au-dessus des rues. C'est ce qui nous explique aujourd'hui encore, que de nombreuses rues de 1a Casbah sont recouvertes par les immeubles se touchant par leurs avancées ou sont même entièrement couvertes par des maisons construites en voûtes (ESSABAT).
---------Il est utile de faire remarquer que la population d'Alger augmentant très rapidement et dans de grandes proportions (HAEDO l'évaluait en 1580 à 60.000 habitants), le désir d'allonger les remparts et de déplacer la citadelle n'a pas été dicté à notre sens, en premier lieu, par un soin d'ordre stratégique, mais bien plutôt, par la nécessité immédiate de mettre à l'abri les populations qui affluaient vers la cité.
---------La défense de la cité nécessita la construction d'une nouvelle citadelle à l'emplacement où nous la voyons aujourd'hui.

---------Si BOLOGHINE a construit une citadelle, ce qui semble vraisemblable, celle-ci devait se trouver à un emplacement plus favorable. Un profil en long suivant 1, 2, figure III, nous montre que la colline présente une crête militaire qui vraisemblablement fut choisie pour servir à l'édification d'un ouvrage à la fois défensif et d'observation. Si ce dernier (citadelle, fortin, ou autre) a existé, il devait se trouver au sommet et à la rencontre des deux côtés du rempart.

--------Nous allons donc essayer de déterminer approximativement la situation de cet ouvrage de l'ère de BOLOGHINE.
---------Le seul document précis que nous possédons est le plan relevé par le capitaine du Génie MORIN en 1831.

---------En examinant cette carte, nous voyons à droite et à gauche, en bordure des grands fossés que nous appellerons fossé Bab-Azoun et fossé Bab-el-Oued, deux sortes de blockhaus, identiques. Celui que l'on voit sur le rempart Bab-el-Oued existe encore aujourd'hui. Il est situé en face de la clinique de Verdun. On le désigne improprement sous le nom de " fort turc " : il est de construction berbère l'autre de même forme, situé sur le rempart Bab-Azoun, a disparu. Il y a tout lieu de croire qu'en raison de la structure figurée sur la carte de1830, il devait être de même nature et de même construction que le fort berbère dont les vestiges demeurent.

---------Sur tout le parcours des remparts jusqu'à la Casbah, nous ne voyons pas sur cette carte d'ouvrages similaires. Les seules constructions du même genre qui apparaissent sont situées plus haut (à peu près égale distance de la Casbah et de ces ouvrages) et sont de nature complètement différente.
Examinons, maintenant la ligne continue des rues du Centaure, Médée, des Palmiers, Annibal et Ramdane.

---------Non seulement il n'existe pas dans tout le restant de la Casbah une ligne typiquement régulière de rues qui se suivent mais encore nous constatons que le sommet de cette ligne brisée, se situe sur la crête militaire.

---------D'autre part, elle est, dans son allure générale, parallèle à celle figurée par le rempart d'ARROUDJ.
---------Nous sommes donc conduits à avancer que c'est approximativement par là que passait l'ancien rempart berbère
---------Cette forme d'évolution n'est pas différente de celle des autres villes : la rue est née sur le rempart. Nous ne voudrions pas avancer que cette crête militaire a été intentionnellement choisie par les Berbères car ceci nous conduirait à situer l'ancienne citadelle en cet endroit, mais nous pensons que le rempart de BOLOGHINE passait par la ligne que nous avons déterminée sur notre plan.
---------Le profil en long établi suivant 1-2 (voir croquis) peut-être comparé au croquis établi par M. le professeur MARCAIS dans son étude sur ACHIR , ce croquis qui représente " BENIA vue de la piste conduisant à AIN-BOUCIF ", montre la parfaite analogie entre le profil en long de BENI-ACHIR et celui du J'bel d'Alger autrement dit entre la ville de l'émir ZIRI le Sanhâdjien (10e siècle) et celle de son fils BOLOGHINE (créateur au 10è ' siècle de DJEZAIR BEN MEZGANA).
---------Il est d'ailleurs reconnu que le premier souci des constructeurs de villes berbères était de choisir un emplacement sur une montagne ou une colline, d'où jaillissait une émergence suffisante pour assurer l'alimentation en eau des citadins. Cette source alimentait la ville par gravité et en la traversant de part en part. Pour DJEZAIR BEN MEZGANA, les habitants choisirent l'Aïn N'Zaouza qui a été utilisée jusqu'en 1830 par les Turcs.

 

---------Le plus souvent également, d'autres sources se trouvaient à l'intérieur de l'enceinte. Ceci permettait aux Berbères, souvent attaqués, d'assurer l'alimentation en eau de leur cité et d'éviter d'aller jusqu'à la rivière en bas de la montagne.
---------Ce système de distribution de l'eau avait l'avantage d'alimenter la ville sans trop de difficulté, hormis celle de canaliser l'eau. Il mettait la source à l'abri d'un assaillant éventuel grâce à la construction d'un rempart. Cette enceinte fortifiée, quand l'assiette de la ville est inclinée, affecte la forme d'un triangle dont le sommet occupe la partie supérieure de la colline ; la base est constituée par une dépression.
---------Sur le croquis à courbes de niveau que nous avons dressé, nous avons figuré l'emplacement approximatif des sources qui alimentaient vraisemblablement les puits des immeubles de la Casbah.
---------Nous constatons que l'Aïn-N'zaouka déjà citée, se trouve à la partie haute de la ligne continue de rues sous lesquelles nous supposons l'existence ancienne du rempart berbère.
---------A l'intérieur de ce territoire urbain du X"" siècle, l'on trouve également plusieurs autres sources dont les principales sont : l'AIN EL-ATOCH, l'AIN EL-DJEDIDA, l'AIN EL-OLDJ, l'AD'T EL-SOLTAN.
---------C'est là un fait caractéristique : toutes les villes berbères sont construites à proximité de sources (ce qui est fort compréhensible) et autant que possible de telle manière que la source soit située à la partie supérieure de la ville.
---------Si l'on compare la colline sur laquelle s'édifie la vieille EL-DJEZAIR à la colline d'ACHIR, ville du père de BOLOGHINE, fondée quelques années avant, l'on constate que les profits sont à peu près les mêmes.
---------Les points A, Al (crête réelle), B, B1 (crête militaire), C, C1 (bas de collines) sont à peu près identiques dans les deux cas et l'on voit que la forme et la constitution du site étaient arrêtées à priori dans l'esprit de ceux qui voulaient construire une ville à cette époque.

---------Empruntons à M. Georges MARCAIS le croquis ci-après que nous comparons à la coupe du djebel d'Alger et nous constaterons que les sites choisis étaient à peu près les mêmes.
---------Le même auteur nous dit au sujet d'ACHIR

---------" Dans l'intérieur de la ville, les eaux jaillissent de deux sources dont on ignore la profondeur : l'une " s'appelle Aïn SOLAYMAN et l'autre, THALA'N TIRAGH ".

---------Nous voyons également l'analogie avec DJEZAIR BEN MEZGANA qui était alimentée copieusement, notamment par l'AIN N'ZAOUKA, l'AIN ED-DJEDIDA, l'AIN EL-OLDJ, l'AIN ESSOLTAN. Bien entendu, d'autres émergences de moindre importance devaient également être utilisées.

---------Aucun autre site ne pouvait être plus favorable pour l'édification de cette cité. Il présentait, en effet

---------- Une trame urbaine partiellement existante ;
---------- Des ruines favorables à la construction ;
---------- Une situation choisie à la fois près de la mer et sur une colline d'où l'on pouvait surveiller facilement la mer tout en se protégeant des attaques venant de terre ;
---------- Une exposition Est très favorable.
---------- L'avantage d'avoir des sources d'eau potable.

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---------Tout le développement qui précède nous permet d'émettre dans les lignes générales, quelques idées sur l'évolution de la cité depuis les Phéniciens jusqu'à nos jours.

---------Nous avons déjà vu que la découverte de pièces phéniciennes dans le quartier de l'ancienne Préfecture permet de confirmer les suppositions que l'on a déjà faites sur l'existence des Phéniciens qui auraient occupé les îlots (EL-DJEZAIR) et certainement quelques point de la côte algérienne (voir notre article sur ALGER aux époques phénicienne et romaine.).

---------M. LESCHI et M. CANTINEAU ont reconnu qu'elles étaient d'origine punique et leur étude a fait l'objet d'une communication à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres (C.R. de 1951, p. 263).
---------M. CANTINEAU a établi que le nom IKOSIM étaient composé de deux mots : l'un signifiant îles (voir notre article sur ALGER aux époques phénicienne et romaine.), l'autre plus difficile à interpréter (KOSIM) signifierait épines ou oiseaux impurs.

---------L'évolution de la cité est liée à celle de la population. bien entendu, nous ne savons rien sur l'importance de celle-ci aux différentes époques (phénicienne, romaine, berbère). Tout au plus en 1150, EDRISI en parle comme d'une ville " très peuplée dont le commerce est florissant ".
---------Ce n'est qu'à partir de 1450 que les observateurs nous donnent des évaluations. L'on y relève notamment les chiffres suivants
---------En 1450 : 20.000 habitants ;
---------En 1518 : 30.000 (Léon l'Africain) ;
---------En 1580 60.000 (HAEDO).
---------En 1634 : 100.000 (?) (Père DAN),
---------En 1755 : 100.000 (LAUGIER de TASSY).
---------Bien que ces chiffres ne soient que des approximations parfois exagérées et des évaluations découlant de l'observation de ceux qui les ont écrits, il n'en reste pas moins vrai qu'ils constituent aujourd'hui un ordre de grandeur très vague peut-être, mais qui nous donne néanmoins la preuve que pendant ces siècles (XVIè, XVIIè et début du XVIIIè) la cité connut un véritable afflux de population qui devait nécessairement se traduire par une extension, par de nouvelles constructions et, bien entendu, par la nécessité d'agrandir les remparts.

---------Nous voyons donc que la construction d'une nouvelle fortification par AROUDJ n'a pas été dictée par le désir de modifier ce qui existait, et n'est pas nécessairement la preuve que ce qui existait était mal fait, mais plutôt parce que les constructions défensives de BOLOGHINE ne répondaient plus aux besoins et aux exigences de la cité.

---------La construction de ce rempart a donc été une nécessité créée par une obligation démographique. Il faut remarquer que la citadelle actuelle ne se situe pas sur la crête militaire, mais sur la crête réelle, ce qui montre que la force d'évolution de la ville l'a emporté sur les nécessités défensives.

---------Toutes les constatations qui précèdent nous permettent donc de fixer, avec une approximation suffisante, les limites des quatre cités
---------- La Phénicienne ;
----------La Romaine ;
---------- La Berbère ;
---------- L'Arabo-Turque.
---------Nous avons reporté ces limites sur le plan déjà paru dans un article précédent. Nous y voyons:
---------La Ville Phénicienne : Elle devait se limiter au bord de la mer et approximativement à l'avenue du 8-Novembre actuelle puisque c'est à cet endroit (sur la butte représentée par les courbes de niveau de la figure 1) que l'on découvrit les pièces phéniciennes dont nous avons fait mention plus haut.
---------Les îles situées en face de la côte devaient être très utilisées, surtout lorsque les habitants risquaient une attaque de l'arrière-pays.
---------La Ville Romaine : Elle est nettement déterminée par les rues en quadrillage (l'échiquier romain) avec son cardo maximum N.S. (la suite rues Bab-Azoun et Bab-el-Oued) et son décumanus E.O. (la rue de la Marine).
---------Le grand cardo semblait être la limite de la ci:é romaine dont a retrouvé de nombreux vestiges ; EL BEKRI nous apprend d'ailleurs que cette ville de " construction antique " frappe par sa grandeur. Voici ce qu'en écrivait au XIè siècle cet écrivain musulman
---------" Cette ville est grande et de construction antique, elle renferme des monuments antiques et des voûtes solidement bâties, qui démontrent par leur grandeur qu'à une époque reculée elle avait été la capitale d'un empire. On y remarque un théâtre dont l'intérieur est pavé de pièces de diverses couleurs qui forment une espèce de mosaïque " (Traduction de Slane).
---------Ce théâtre se trouvait en dehors de la partie habitée (à l'emplacement de la cathédrale actuelle).
---------Si nous savons qu'ICOSIUM a eu ses magistrats et ses décurions et si, par conséquent, elle a été une cité d'une relative importance, nous ne savons rien de sa population.

---------Nous supposons que les voies d'ICOSIUM ont dû également être protégées par les textes qui s'appliquaient aux " via publica " au-dessus desquelles il était défendu de suspendre des vêtements à sécher, le déposer des cadavres d'animaux, etc... (Pierre LAVEDAN : DG.tioinaire des antiquités (p. 1.016 voirie).

---------La Ville Berbère : Limitée par la ligne de remparts indiquée sur notre carte, elle possède, à l'intérieur, deux voies situées sur les lignes de crêtes de deux croupes importantes.
Ces deux rues nées de l'usage du sentier, comme le sentier de la montagne kabyle, pourraient être assimilées à deux voies de pénétration. Elles sont d'ailleurs les deux artères principales de la Casbah d'Alger : la rue Porte-Neuve et la rue de la Casbah.

---------A l'origine, la ville berbère ne devait s'étendre qu'à l'emplacement de la cité romaine, la partie du J'bel comprise entre les remparts devant servir à des jardins permettant d'alimenter en partie la population qui devait pouvoir vivre en vase clos en cas d'attaque venant de l'arrière-pays.
---------Un commerçant de Bagdad, IBN HAWKAL, qui fut en même temps un voyageur parcourant au Xè siècle l'Afrique du Nord dans tous les sens, décrivait ainsi DJEZAIR BEN MEZGHANNA
---------" La ville est bâtie sur un golfe et entourée de murailles. Elle renferme un grand nombre de bazars et quelques sources près de la mer. C'est à ces sources que les habitants vont puiser l'eau qu'ils boivent. Dans les dépendances de cette ville se trouvent des campagnes très étendues et des montagnes habitées par plusieurs tribus berbères. "

---------Nous voyons par cette citation que la totalité de l'espace compris entre les remparts n'était pas recouverte de maisons.

---------Puis, les seules voies importantes, drainant le maximum de passants, étaient situées à l'emplacement des rues de la Casbah et Porte-Neuve ; les immeubles furent construits de part et d'autre et le commerce y fut créé.
Les groupes d'immeubles qui, dans la ville berbère doivent passer, à notre sens, en deuxième étape de construction, sont ceux situés de part et d'autre de ces voies.

---------Par la suite, les besoins de la population se faisant- encore sentir, il fut nécessaire de construire encore, et, contrairement à ce que l'on serait tenté de croire, les constructions ne furent pas édifiées suivant le pointillé de notre croquis ci-joint, mais plutôt en bordure de la voie née du ravin. (Figure 4.)

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---------Nous avons expliqué plus haut de quelle manière cette voie s'était développée ; nous pensons que la troisième étape de construction s'est manifestée en bordure de la rue du type n 3 (rue née du° ravin), suivant (3).
---------Il est possible que cette voie soit également de l'époque berbère, mais toutes les voies provenant des ravineaux ne sont pas de cette époque, ne serait-ce d'ailleurs que celles qui furent construites après l'édification du rempart d'ARROUDJ, dans la partie de territoire comprise entre ces deux remparts.

---------L'espace "A " fut ensuite rempli par d'autres constructions.
---------Epoque Arabo-Turque.
---------Lorsque les Turcs prirent possession d'EL DJEZAIR, l'afflux de la population qui, de 1518 à 1580, fut évalué à 30.000 par les observateurs de l'époque, créa de nouvelles nécessités.

---------De nombreux ravineaux furent canalisés et, ainsi, de nouvelles rues furent créées. L'on peut dire que la plupart des rues du ravin sont du XVIè siècle.
---------La construction du rempart et celle de la Casbah qui dura près de 85 ans, fut réalisée en même temps que les maisons édifiées pour abriter la population grandissante mais à partir du moment où il n'y eut plus d'espaces libres, l'on construisit sur les rues, ce qui explique que l'on voit aujourd'hui les rues recouvertes par des constructions en voûte (Essabat).

---------Pour la commodité de la circulation des piétons, ces rues très étroites de la " CASBAH " d'Alger furent pavées avec de petits pavés calcaires.
---------Les rues de la " CASBAH " comme toutes les rues musulmanes sont étroites au point, disait ROBINET, " qu'un cordonnier qui, tirerait la ficelle s'userait bien vite les coudes ". Pourtant n'exagérons rien.
---------Revêtues de ces petits pavés bleus, elles ne constituent que de simples accès aux portes des maisons et c'est pourquoi la " Casbah " des Turcs comportait en 1830 plus de 151 impasses que nous avons dénombrées sur la carte de 1831.
---------Ce plan désordonné des rues qui peut paraître inconcevable à nos esprits d'occidentaux, avait sa raison d'être parce que la circulation chez le musulman s'effectuait soit à pied, soit par âne, mulet ou cheval. Rares sont les larges rues et, hormis la rue de la Casbah qui présente une largeur moyenne de 3 mètres, les autres sont de simples sentiers aménagés ou bien, comme nous l'avons vu, créées sur le ravin. La longueur totale de ces voies était en 1830 de 15.000 mètres.
---------M. le professeur MARÇAIS nous apprend (conférence faite à l'Institut d'Urbanisme) : "(Les grands problèmes d'urbanisme musulman) qu'un auteur égyptien du XIVe siècle dit que les artères principales devaient être assez larges pour permettre à deux chameaux chargés de paille de s'y croiser. Des règlements sévères rétablissaient parfois un alignement dans ces rues et interdisaient de les encombrer d'étalages, de banquettes et d'auvents. Au XVme siècle, une décision du cadi du Caire permit de sévir contre les abus de cette nature. "
---------Cette citation semblerait contredire ce qui précède, mais dans EL DJEZAIR on peut affirmer qu'il n'y eut jamais d'alignement préconçu.
---------En effet, William SCHALLER, dans son " Esquisse sur l'état d'Alger " nous apprend que les rues ne sont que de " simples allées " et que la plupart d'entre elles ne permettaient pas le passage de deux chevaux de front. La seule qui, à cette époque, aurait pu être appelée la grand-rue pouvait permettre, avec de grandes précautions, le passage de front de deux charrettes. C'était la rue tortueuse qui s'étendait de Bab-el-Oued (la porte de l'oued qui était la porte nord) à Bab-Azoun (la porte du sud).
---------Cette rue principale se trouvait à l'emplacement des rues Bab-el-Oued et Bab-Azoun actuelles qui étaient déjà les artères les plus importantes de la période romaine.
---------Cette grande voie était jalonnée de magasins et de boutiques de toutes sortes. C'était d'ailleurs la grande rue des Souks, le " Souk et Kébir ", grouillante, bruyante, parfois turbulente ; véritable kaléidoscope humain, cette rue Bab-Azoun ignorait également l'alignement rectiligne. Large de 2 m. à 2 m. 50, elle comportait plusieurs affectations commerciales dont les plus bruyantes et les plus malodorantes se trouvaient aux endroits les plus éloignées de la cité : à proximité des portes.
---------L'autre rue principale (sur laquelle s'est superposée la rue de la Marine actuelle) aboutissait à la porte de la Marine, elle était couverte, sur la moitié de sa largeur, par les encorbellements des maisons. C'est là que l'on trouvait les souks des bijoutiers, des fondeurs, des plombiers, des graveurs sur corne et même des teinturiers (Paul Eudel).
---------Les autres voies de la Casbah ont été décrites plus haut et présentent toute l'allure de ces rues méditerranéennes que l'on trouve notamment dans les vieilles villes de Naples et de Toulon dans lesquelles nous retrouvons des habitations couvrant aussi la rue.
---------C'est cet ensemble de sentiers grimpants et tortueux, en bordure desquels, craintives, se blottissent et se serrent les maisons musulmanes, qui contribue à donner à la Casbah d'Alger ce cachet particulièrement typique et tourmenté que nous lui connaissons tous.
---------Si, aujourd'hui, nous désignons ces voies par des noms familiers, il n'en fut pas de même autrefois. Les désignations se rapportaient le plus souvent à des fonctions urbaines et notamment à des groupes de
profession ; parfois, le nom de la rue signalait la présence d'un puits, d'un monument ou d'une mosquée.
---------C'est ainsi, par exemple, que la rue Bab-Azoun avait des dénominations différentes suivant les différentes activités commerciales ou professionnelles que l'on y rencontrait. ---------Tout près de la porte d'Azoun, que l'on peut situer à l'emplacement du théâtre municipal actuel, la rue s'appelait Souk es Semarin (des maréchaux-ferrants). Comme on le voit, cette profession bruyante était située à l'extrémité de la ville, loin de la demeure du Dey.
---------D'autre part, et ce qui semble plus normal, elle était placé aux portes de la ville sur le passage des cavaliers qui venaient de la plaine. Le groupage des maréchaux-ferrants en cet endroit était certainement déterminé par le désir de chacun d'eux d'être plus facilement le plus rapproché de l'arrivant qui, laissant son cheval à ferrer, partait à pied dans la cité pour y effectuer ses emplettes.
---------En se déplaçant vers la Place du Gouvernement on relevait le Souk er Raba (marché aux grains), le Souk et Azara (des palefreniers), le Souk Kerratin (des tourneurs).
---------La rue Porte-Neuve s'appelait dans sa partie supérieure Bab-Ed-Djedid, ce qui signifiait la porte neuve, puis plus bas, on relevait le nom Djama ben Chemoun et plus bas encore elle prenait le nom de Souk et Semen (le marché au beurre) ou bien encore Souk et Kittani (marché au chanvre).
---------Les noms de rues ont varié suivant les époques et, comme nous le disions plus haut, ils ont été changés, surtout avant les dénominations françaises, en fonction des activités ou de la population. C'est ainsi, que l'emplacement de la rue Palmyre actuelle a connu, à différentes époques, trois désignations correspondant à trois activités.
---------En 1563, ce lieu s'appelait le souk des Kabyles, en 1650, il était désigné par le souk des marchands de sel et en 1830, il était le souk el-Kébir (le grand marché).
---------Nous avons relevé également avec intérêt l'ancienne désignation de la rue du Rempart (Ben essaour essetara), qui a été traduit : " entre la muraille et le parapet ". Il ne fait aucun doute qu'il s'agit du chemin de ronde du rempart.

---------Nous pourrions multiplier les nombreux exemples des noms de rues dont le sens rappelle l'activité qui s'y manifestait, l'exposé de ces noms aux sens pittoresques mériterait à lui seul tout un article.

---------Toutes les rues de tous les pays ont leur histoire ; toutes ont un nom qui rappelle une de leurs caractéristiques. A Strasbourg, la rue " du marché aux cochons ", ou la rue " des fagots " à La Rochelle, évoquent leur vie passée.
---------Nous voyons que nos ancêtres, qu'ils fussent Français, Musulmans ou autres ont tous eu le même souci de dénommer leurs voies par un nom rappelant une activité ou se rattachant à un fait caractérisant le quartier. Ce n'était, au fond, pas tellement déraisonnable. Gageons que les édiles de ces époque; lointaines ne s'embarrassaient pas des mêmes considérations que celles d'aujourd'hui, sans doute fort louables en soi, mais qui ne permettront pas de donner à nos rues modernes un nom qui soit une page de leur histoire urbaine.

E. PASQUALI,
Ingénieur
Chef du Service d'Urbanisme
de la ville d'Alger.