le musée maréchal Franchet d'Espérey
Le Musée historique d'Alger
sur site le 1-11-2005
Algeria et l'Afrique du nord illustrée, revue mensuelle, 2è année, 13, mars 1934. Édition de l'Office Algérien d'Action Économique et Touristique (OFALAC), 26 bd Carnot ou 40-42, rue d'Isly, Alger

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-------Il est presque inconnu des Algérois et c'est pourtant celui dont la visite procure le plus d'émotion, car il gît au coeur de la Casbah et c'est à cette place que se sont décidées les destinées de l'Algérie française. Pour y monter, traversez à pied ce vieux quartier qui a hérité du nom de la citadelle des Deys : c'est la transition nécessaire et, si nous pouvons dire, sentimentale entre l'Alger moderne européannisé et le vieil Alger encore tout plein d'un mystère qui se laisse difficilement pénétrer. Au sortir du labyrinthe des rues étroites et sombres s'offre tout à coup à vos yeux la masse énorme de la citadelle se dressant sur un piédestal de terrains vagues où pousse une végétation pauvre et que hante une étonnante population.
-------C'est par ici, en 1830, après la prise du Fort l'Empereur et la capitulation de la ville qu'entra le Maréchal de Bourmont, suivi de l'État-Major du Corps expéditionnaire et des premières troupes françaises. Du haut des remparts encore garnis de leurs lourds canons de bronze, évoquez un moment, devant la rade largement ouverte, les épisodes et la désastreuse expédition de Charles-Quint, du bombardement de Duquesne et de Lord Exmouth et, enfin, en 1830, le défilé de la flotte française de l'Amiral Duperré avant le débarquement de Sidi-Ferruch, et les yeux et l'esprit pleins d'images et de souvenirs, pénétrez dans l'ancienne Mosquée et dans la poudrière où est installé le Musée. Vous trouverez matérialisés, à portée de votre main, ces vestiges et ces souvenirs glorieux par quoi tout un passé ressuscite soudain.
-------C'est à l'occasion du Centenaire que la création du Musée fut décidée, grâce aux efforts persévérants de quelques personnalités algériennes " d'origine ou de coeur ". Inauguré le 12 avril 1930, il devait être le " Musée Historique de l'Algérie ". Le colonel Doury, à qui fut confiée la tâche de l'organiser, s'inspira de trois pensées directrices : d'abord glorifier l'oeuvre de la conquête et de la pacification accomplie par l'Armée, puis rendre un hommage mérité aux efforts dépensés pour la mise en valeur du pays. Enfin, il était légitime et généreux d'exalter lesmanifestations de loyalisme que, sous l'impulsion des grandes familles les plus éclairées, la population indigène n'a cessé de multiplier.
-------On accédait autrefois à la Mosquée du Dey par deux escaliers dont les portes à auvent sont encore munies toutes deux d'une inscripion rappelant que la mosquée a été construite par le Dey Hussein en 1818-1819.
-------Dans l'escalier de droite, une porte donnait accès aux appartements de l'Imam.
-------Légèrement modifiée par des ouvertures que nous avons fait pratiquer dans les murs et par des transformations successives, cette Mosquée garde pourtant intacte son élégante salle carrée ornée tout autour d'un rang de colonnes en marbre supportant un dôme octogonal. Une de ses quatre portes s'ouvrait sur un couloir permettant au Dey de se rendre directement de ses appartements à la Mosquée.
-------En 1830, elle fut affectée au casernement des troupes. Un peu avant 1914, elle devint magasin d'habillement. Après la guerre, et jusqu'en 1930, elle était la salle de spectacle des zouaves. Aujourd'hui, elle est affectée aux souvenirs du Corps expéditionnaire de 1830. Au centre, des mannequins revêtus d'anciens uniformes représentent toutes les unités, comme au jour de l'occupation. Sur les
murs, un vaste panneau historique où chacun des événements de la Conquête est évoqué par un document - et dans l'ancien Mihrab, des souvenirs du Maréchal Bugeaud.

-------Dans les vitrines, des objets chargés de souvenirs : les déco-rations du colonel Boutin, la croix du matelot Beunon, un des trois marins qui plantèrent le premier drapeau français sur la tour de Sidi-Ferruch, les clefs de la Ville d'Alger, des objets provenant de la Mission Flatters et des souvenirs du Maréchal Franchet-d'Espérey.
-------L'ancienne et curieuse Poudrière est, peut-être, le plus ancien des bâtiments de la Casbah. Mais les Koulouglis la firent sauter en 1629, sous le Dey Hussein Khodja, et elle dut être reconstruite en 1638.
-------En 1830, les voûtes de la Poudrière avaient été mises à l'épreuve des bombes par une double couche de terre et de balles de laine.
-------En 1930, avant d'être affectée au Musée, elle servit de magasin d'habillement. Les aménagements qu'elle a subis ont laissé intacte sa disposition générale. Elle comprend, comme à l'origine, une nef centrale soutenue par six gros piliers et des salles de pourtour. On y a réparti une série de tableaux militaires pro-venant en grande partie du Musée des Beaux-Arts d'Alger et du Musée de Versailles. Dans d'autres, on retrouve le souvenir des premiers essais d'établissements français en Afrique du Nord, dès le xvie siècle, au Bastion de France.
-------La nef centrale est occupée par les troupes indigènes : tirailleurs et spahis. Sur les mannequins qui les représentent, on peut suivre les changements apportés successivement à leurs uniformes.
-------Sur un mur, un panneau spécial a été réservé à l'évocation de la première ambulance arabe fondée, en 1834, par le docteur Pouzin.
-------Une collection remarquable rappelle les exploits des Généraux Morris, père et fils, des Généraux Cavaignac et Legrand et des Flatters, des Lamy, des Laperrine et des de Foucauld.
-------M. Alazard, Conservateur du Musée National des Beaux-Arts d'Alger, a déposé également, ici, quelques toiles fort intéressantes, notamment un portrait d'Abdelkader, par Tissier.
-------Il faut remarquer le soin et le goût avec lesquels M. le Colonel Doury a classé et présenté toutes ces précieuses collections, encore trop modestes à son gré, mais il espère pouvoir faire encore mieux avec la collaboration des Pouvoirs officiels et des particuliers, notamment celle de la Société des Amis du Musée Maréchal Franchet-d'Espérey, et dont le président actif est M. le Bâtonnier Rey.
-------La visite du Musée ne saurait être complète sans une promenade dans la Kasbah et une visite à l'ancien Palais du Dey qui n'a pas été trop défiguré par notre occupation et qui est plein de souvenirs ou aimables ou effrayants. Puis on passera par les palais affectés au logement des Beys de Titteri, d'Oran et de Constantine - et l'on finira par la ravissante petite église Sainte-Croix, mosquée dite " des gens de l'extérieur " et l'on sortira par la porte de la Kasbah
qui est dans son état primitif - unique ouverture de l'enceinte promenade aussi divertissante qu'instructive.

G.S.MERCIER