-Le Bachaga Boualam au service de la France
extrait de " Pieds-Noirs d'hier et d'aujourd'hui, avril 1999, numéro 100 "
sur site le 26/04/2002
2.-
La stèle du bachaga Saïd Boualam transférée à Santa Cruz, Mas de Mingue. Nîmes
octobre 2013
3°/ voir aussi l'article paru au CDHA

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Le Bachaga Boualam au service de la France

Dans ce numéro exceptionnel, il nous a semblé important de présenter l'un des plus grands serviteur la France en Algérie le Bachaga Boualam.
Nous avons préféré pour cet hommage lui laisser la parole à travers les nombreux ouvrages qu'il a rédigés. Ses mots sont forts et percutants et s'ils n'ont pas ému les autorités de l'époque, pour nos communautés, ils vont droit à nos cœurs.

-----Le 17 mai 1963, la Justice de Paix d'Arles m'adressait, par voie légale, le commandement ci-dessous:
-----Monsieur le Bachaga, J'ai l'avantage de vous adresser la liste des déclarations de nationalité que j'ai établie pour vous et les vôtres ainsi que vous me l'avez demandé.
Vous pourrez constater qu'il a été établi 102 déclarations.
En conséquence, il m'est dû, à raison de 10 F par déclaration, la somme de 1020 F
Le Greffier

-----Ainsi, le 25 mai 1963, j'achetais, pour mes hommes et moi-même, en acquittant la somme de 1020 francs lourds, le droit de devenir des citoyens français à part entière , nous qui pensions, par notre loyalisme et nos sacrifices, avoir mérité, gagné, le titre de Français à part entière.
-----Mon fils Ali, lui, mettait en demeure le Tribunal d'Instance d'Arles, de lui reconnaître la qualité de Français, qualité qui m'était refusée, à moi, son père. Et pourtant...


-----Je suis Français, je l'ai prouvé, je crois. Pendant vingt et une années j'ai servi dans les rangs de l'armée française. Je suis capitaine de réserve. Les Algériens m'ont élu député à l'Assemblée Nationale française. J'ai même été porté quatre fois à la vice-présidence de cette même Assemblée Nationale, à l'unanimité.
-----Des Boualam, il en est mort aux quatre coins du monde pour y défendre la France et après cela on ose dire que nous ne sommes pas français. Ma famille est d'origine arabe, sans nul doute, et elle a pris naissance lors de la première invasion hilalienne il y a neuf ou dix siècles. Ensuite, elle s'est mélangée aux Berbères de l'Algérie. Du temps des Turcs déjà, c'était une famille de "caïdat" très ancienne. J'avais des aïeux "agha" du temps des Turcs.
-----Au moment de la conquête, mes ancêtres ont combattu la France sous les ordres de l'émir Abd-el-Kader.
-----Nous l'avions d'ailleurs servi fidèlement, car la tradition veut que ce soient des "Souhalias", tribu dont ma famille est originaire, surtout par l'habitat, qui aient tué l' " agha " Mustapha Ben Ismaïl. Cet "agha" était le chef des tribus des Semlah et des Douers au service de la France. Très estimé par les Français, il avait lui, rang de général de brigade de l'armée française.
Avec l'émir Abd-el-Kader, les Beni Boudouanes ont participé à plusieurs combats contre les troupes françaises. En 1843, la Médina de Beni-Boudouane a été rasée après un combat qui a duré trois jours contre la colonne Changarnier. Il existe encore dans le douar, la trace d'une tombe d'un capitaine de l'armée française tué à cette époque dans la fraction de mon douar des Taguerboust près de l'oued de Sidi-Bouziane.
-----Bons guerriers, fidèles à la parole donnée, après la reddition, les Beni-Boudouanes n'ont pris part à aucune sédition.
Après le reddition de l'émir Abd-el-Kader, mes parents ont fait leur soumission à la France à Orléansville devant le général Bugeaud. A l'époque, mon arrière-grand père, Aïssa Boualam devait avoir 7 ou 8 ans.
-----Il fut vite nommé par la France caïd, puis agha. Mon grand-père, Yahia Boualam fut à son tour nommé agha au service de la France et plusieurs de mes oncles étaient caïds. Tous titulaires de la Légion d'Honneur et de nombreuses décorations acquises au feu contre l'ennemi de la France.
-----Mon grand-père avait reçu de grands honneurs pour avoir maté en 1871 l'insurrection des Beni-M'nasser. C'était l'époque où l'artillerie de marine allemande tirait sur les côtes algériennes pour susciter une rébellion. Même avant 1870, plusieurs membres de ma famille avaient déjà combattu pour la France à Solférino, Magenta...

-----Il y a eu des Boualam au Mexique, au Tonkin, en Indochine, en Syrie, au Maroc, en Tunisie. Enfin partout où la France portait ses couleurs, des Boualam sont morts pour elle.
-----Notre entente ne date pas de moi, elle remonte à de longues années.
-----C'est le 2 octobre 1906 que j'ai vu le jour à Souk-Ahras près de Constantine. Mon père était un engagé volontaire au 1er Régiment de Tirailleurs Algériens. Ensuite, il servit pendant trente-deux ans dans la gendarmerie à cheval. Après être resté treize années auprès de ma mère, j'ai été placé à l'école des enfants de troupe à Saint Hippolyte-du-Fort et à Montreuil-sur-Mer de 1919 à 1924. Un certificat a sanctionné la fin de mes études militaires. La même année, le 2 octobre, je m'engageais à Blida au 1er Régiment de Tirailleurs Algériens. Je suis resté vingt-et-un ans dans les rangs de l'Armée française d'où je suis sorti avec le grade de capitaine de réserve en 1946.
-----Ma mère et ma famille sont originaires de Ténès. C'est dans cette région que nous possédions le plus de terres provenant d'héritages ou d'achats, dans les Souhalias, les Taouïra, les Seinflta notamment. De mes parents, j'ai eu deux frères. L'un Abdelkader a fait carrière dans l'Armée. Il est mort, il y a quelques années. Le second, Alexandre, dit " Si Lassen ", a été assassiné par les rebelles le 21juillet1956 à Taouïra. Quant à ma sœur, veuve, elle est ici avec moi au Mas Fondu.
-----Le maire de Ténès m'a marié en 1927. De cette union, j'ai eu trois enfants : Ali et Mohamed. Le troisième, Abdelkader, a été assassiné par les fellaghas le 28 janvier 1958. Le pauvre enfant venait d'être libéré huit jours plus tôt de son service militaire. En juillet 1951, mon épouse est décédée. De mon deuxième mariage, j'ai eu trois enfants également : un fils Djamel et deux filles Anissa et Yasmina.
-----J'ai choisi "Mon pays la France" pour témoigner de l'Algérie et au bout de ces lignes écrites avec mon cœur, j'ai peur de n'avoir pas su trouver les mots pour convaincre mais j'espère avoir servi ma terre algérienne. Mon épreuve ne sera pas inutile si les Français se penchent sur ces feuilles dans lesquelles j'ai tant mis de ce qui fut l'Algérie française, sur ce témoignage d'un coin de terre d'Algérie qui peut inscrire sur son monument des deux guerres deux mille noms de musulmans morts à part entière pour la France.
-----Pour ceux qui ont préféré les assassins, ceux qui se sont tus et se taisent, je leur demande une dernière fois s'ils pensent avoir agi vraiment pour le plus grand honneur de la France?
-----Si oui, je les plains, moi qui sais que chaque soir l'oued qui coule près de ma maison charrie de l'eau rougeoyante et que ce n'est pas dû aux reflets du soleil...

-----Le Bachaga repose dans le petit cimetière de Mas -Thibert, près d'Arles, depuis sa disparition le 6 février 1982 auprès de son fils Mi qui l'a rejoint en 1990 et de tous les hommes et femmes de sa tribu qui ont tant donné à la France qui les a si mal récompensés.

J-ML

Le Bachaga est l'auteur de nombreux livres aux Éditions France-Empire dont:
- "Mon Pays, la France, en 1962
- "Les Harkis au service de la Frances, en 1963
- "L'Algérie sans la France , en 1964

a stèle du bachaga Saïd Boualam transférée à Santa Cruz, Mas de Mingue. Nîmes


Information un 'déplacement'.(sic)...."Le MIDI LIBRE" du 22 septembre 2013.

La stèle du bachaga Saïd Boualam transférée à Santa Cruz, Mas de Mingue. Nîmes

Nîmes

Un écrin pour la stèle du Bachaga Saïd Boualam. Samedi 21/9/2013. Midi Libre Dimanche 22: Hommage.

Devant trois cents personnes, plus de vingt-cinq drapeaux d'anciens combattants et d'associations, la stèle du bachaga (haut dignitaire) Saïd Boualam a été transférée de la place du même nom, au Mas de Mingue, dans le sanctuaire de Santa Cruz. « Elle est maintenant comme dans un écrin où elle peut perpétuer son histoire, un lieu où Marie est vénérée par les religions catholiques et musulmanes. » Explique le fils de Saïd Boualam.

Mais il précise aussi durant son discours sur le passé douloureux des harkis et de l'action de Saïd Boualam dont cette stèle est témoin:« Trop d'ignorance, l'usure du temps, pas assez de respect parfois, ont motivé ce déplacement. »
Jean-Paul Fournier, sénateur maire, « l'histoire retiendra qu'il fut un combattant courageux, un fonctionnaire fidèle et compréhensif envers ses administrés, un élu de la république engagé, vice président de l'assemblée nationale. » .J'accompagne une dame âgée, et en tant qu'observatrice beaucoup moins concernée, je peux dire qu'une grande émotion transparaît de cette assemblée. Elle force au respect au delà de toutes les opinions et incite à une réflexion sur l'histoire » explique une dame en aparté. "Il s'agit de rendre hommage à ce grand patriote, à sa famille, aux Harkis et à l'ensemble des rapatriés et des pieds noirs » conclut le maire.