Une appellation pleine d'histoire
la KÉMIA
Maurice Camacho
extraits du numéro 105 , mars 2003 de "l'Algérianiste", bulletin d'idées et d'information, avec l'autorisation de la direction actuelle de la revue "l'Algérianiste"
sur site le 26-6-2010

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Il est des mots ou des appellations d'usage courant qui ne soulèvent pas ou peu d'interrogations sur leurs origines. Certains autres nous ont déjà livré leurs his?
toires par les travaux des chercheurs en sémantique ou en étymologie. C'est à l'histoire de l'un de ces inconnus que je vous convie.

C'est à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) que commence notre périple, au rayon des livres numériques. En effet, il faut savoir qu'une des grandes potentialités des recherches sur Internet est représentée par la consultation de base de données distantes de milliers de kilomètres. La BNF en est un des plus imposants représentants avec Gallica, sa bibliothèque numérique où sont disponibles de nombreux trésors de notre patrimoine.

Je devais être attiré par un ouvrage du XVIIe siècle, plus précisément de 1697, rédigé par un certain Herbelot, présenté comme un grand connaisseur du Moyen-Orient, il y réunit, sur ces pages transcrites en vieux français, tout ce qu'il a pu rencontrer, annoter, découvrir dans ses pérégrinations sous le titre surprenant de " La bibliothèque orientale ou le dictionnaire universel ". Au milieu des histoires et traditions des peuples d'Orient, de leurs religions, de leurs sectes, de leurs pratiques scientifiques, j'y ai retenu un mot parmi tant d'autres, celui de simia.

L'auteur nous dit que " c'est le nom arabe donné à une partie de la chimie prise dans sa plus ample signification. Car, chymie ou kimia, comme l'appellent les Arabes, viennent du mot grec Hum'ov qui signifie " suc ", et fait assez voir, que la chymie proprement dite, ne s'exerce que sur les essences de plantes, et que c'est par extension qu'elle comprend la préparation des minéraux et de métaux, que les Arabes appellent d'un nom particulier, simia ".

On serait donc tenté de penser qu'au XVIIe siècle la chymie ou kimia définissait pour les Grecs comme pour les Arabes un travail gustatif sur les sucs des plantes. Mais si l'on prononce kimia en Arabie, nous avons largement prononcé kémia, pour définir nos préparations culinaires très riches en saveurs qui ont égayé toutes nos séances d'apéritifs et continuent de le faire.

Notre kémia tirerait donc l'origine de son appellation d'un mot arabe, qui lui même prendrait sa source dans une origine grecque. Pour être complet j'ai voulu vérifier la position du Littré sur l'étymologie du mot " chimie ". On y retrouve les racines grecques précédemment évoquées mais aussi ses autres racines telles que, latines avec chymia et chemia, italienne avec chimica et amusante constatation, la racine espagnole avec quemia.

En conclusion, nous ne pouvions échapper à ce mot fameux qui a bercé notre enfance ainsi que celle de nos parents et des parents de nos parents. N'oublions jamais que chaque apéritif nous permet d'inviter avec nos amis les plus proches, une grande partie de la Méditerranée à travers la kémia qui véhicule une appellation pleine d'histoire.