Antoine Santiago, l'homme au bandeau blanc ( Hussein-Dey )
Pnha 35 avril 93

sur site le 10/01/2002

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-------Antoine Santiago est né le ler avril 1921 à Alger.
Dès l'âge de dix ans, le virus du football qui galopait, alors, dans toutes les artères d'Alger la Blanche, l'atteint de plein fouet.
-----Mais les équipes "minimes" et "cadets" n'existant pas, il doit attendre 1936 pour signer sa première licence au Stade Algérois de Belcourt. C'est d'ailleurs à cette époque que lui fut attribué le surnom qui va le poursuivre tout au long de sa carrière : l'homme au bandeau blanc. Surnom qui lui permettra d'être reconnu de tous les spectateurs d'Afrique du Nord. Mais pourquoi Antoine Santiago portait-il ce fameux bandeau autour de la tête ? Par coquetterie ? Pour tenir une chevelure abondante ? Pas du tout. Tout simplement pour continuer à pratiquer ce sport qu'il aimait tant et qu'il aime toujours.
------En effet, lors d'une rencontre junior, disputée au Stade Lebon, il contre de la tête un tir violent de l'avant-centre adverse. Terrain boueux, ballon de cuir avec lacets et vessie. Il n'en faut pas plus pour que le jeune Antoine souffre d'ecchymoses et d'éraflures sur le front.
Papa Santiago, comme tous les pères de l'époque, était bien sévère. Aussi, jeta-t-il tout l'équipement de son fils qu'il voulait sans doute plus studieux, à la poubelle.
------Et maman Santiago, comme toutes nos merveilleuses mères d'Algérie, magnanime entre toutes, trésor de bonté et de diplomatie conseilla son têtu de fils. "Mon fils ! Si tu veux continuer à jouer à ce jeu de fou, plies un mouchoir et tu te l'attaches autour du front, comme ça rien y peut t'arriver.
Ce jour-là, sans même le savoir, Maman Santiago venait d'écrire la légende vivante de son fils.

L'O.H.D.

------Après deux saison au Stade Algérois, Antoine signe à l'Olympique d'Hussein-Dey. Nous sommes alors, en 1938 et ce jeune avant-centre prometteur va évoluer sur les conseils de celui qu'il considère comme celui qui l'a façonné, un redoutable arrière-central.
Dès sa première saison, il est champion junior de la Ligue d'Alger (1937-1938). L'année suivante, il va rencontrer celui qui va devenir l'ami de toute une vie dans des circonstances ubuesques.
------Lors d'un match contre le R.U.A. au vieux stade du cimetière, Antoine trouvait anormal la domination des "ciel et blanc". Machinalement, il comptabilisa les membres de son équipe
L'O.H.D. jouait à dix.
------Un dirigeant se rendit immédiatement aux vestiaires pour constater que le 11e joueur dormait profondément sur son banc. Un seau d'eau sur la tête et notre homme marqua le but de la victoire Husseindéenne.
------Il s'appelait Soubrecase "Pasqualette" et s'il vient de partir au paradis des footballeurs, Antoine ne l'oubliera jamais.
------Sa carrière à l'OHD sera très brillante. Après la guerre, il sera champion d'Alger en 1947-48, 48-49 et en 49-50.
------Il sera sélectionné de la Ligue d'Alger à huit reprises (3 en équipe A et 5 en équipe B). Mais son grand souvenir sportif restera la 1/2 Finale de la Coupe d'A.F.N. enlevée de haute lutte contre le Widad de Casablanca, alors grandissime favori.
------Sa modestie dût-elle en souffir mais un évènement de haute tenue révèle notre personnage. Antoine Santiago était présenté volontiers comme un joueur rude lors des premières années de sa carrière. Le 23 janvier 1955, alors qu'il disputait contre le S.C. Bel Abbes la finale de la Coupe d'A.F.N. les "violet et jaune" irrémédiablement battus, perdirent leur sang-froid, cherchant querelle à des adversaires plutôt corrects.

------La partie allait dégénérer lorsque le capitaine au bandeau blanc sermona les uns, calma les autres, corrigea même les plus récalcitrants. L'O.H.D. montra alors, le vrai visage du football. Dignité dans la défaite et respect des adversaires.
------Le public oranais, debout, rendit ce jour-là, un hommage vibrant au populaire footballeur algérois.
------Le diable de 1950 était devenu un vrai Dieu du Stade. Figure emblématique de l'Olympique d'Hussein-Dey, Antoine Santiago reste l'un des footballeur les plus attachants que connut l'A.F.N. II fait partie de ces hommes qui ne laissent jamais indifférents.
------A l'image de Cantona qui est avec Sauzee et Papin les joueurs qu'il admire le plus dans le football français. H.Z.



Deux articles tirés de "l'Écho d'Alger"

GRAND SEIGNEUR
------Quand les visiteurs algérois comprirent que la défaite était irrémédiable, quand le troisième but de Gomez venait de sonner le glas des espoirs de l'O.H.D., certains joueurs perdirent leur calme, s'énervèrent au point de chercher querelle à un adversaire qui n'avait jamais cesser de jouer correctement. Dès lors la partie allait dégénérer, il ne manquait que quelques minutes, et l'O.H.D. allait laisser à Oran le souvenir d'une équipe peu sportive, incapable d'accepter loyalement une défaite.
------Tout allait être gâché, lorsqu'un miracle se produisit, un homme, un joueur sorti des rangs de l'O. H.D., le fameux arrièrecentral, le grand capitaine Santiago, remit tout en ordre en quelques instants. II sermons les uns, calma les autres, corrigea le plus récalcitrant, et comme par enchantement, le calme revint. L'OHD avait perdu, mais Santiago a su, par son geste, attirer à lui et à son club, les applaudissements d'un public absolument médusé par ce geste empreint de la sportivité la plus pure venant d'un joueur dont les exploits sont connus de tous et qui vient au crépuscule de sa carrière, ajouter l'exploit le plus beau, celui du véritable sportif, celui du gentleman. Chapeau !!!... M. Santiago, nous vous saluons avec admiration !!!
J.C. Lelievre

SANTIAGO: LE DIABLE DEVENU DIEU
------Le meilleur compliment, c'est Santiago qui l'aura mérité. Calme, lucide, il est à la base de l'heureux dénouement d'une lutte dont l'enjeu revêtait un importance exceptionnelle. Aux moments d'effervescence, alors même que quelques-uns de ses camarades allaient céder aux mouvements d'humeur provoqués par l'irritation de l'inéluctable défaite, il a toujours su prêcher le calme, par l'exemple, par la parole et... par l'action.
------Un véritable chef, un excellent ambassadeur de l'esprit sportif algérois. En football, la classe est assez rare pour qu'on oublie de la signaler...
------Santiago, le "terrible diable" 1950 est devenu, quatre ans après, un vrai dieu du stade.