ici, le 22-09-2003
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LE MARABOUT D'AUMALE
LE SAHEL, DES ARMÉES DE BUGEAUD À NOS JOURS
PAVILLON DE CHASSE ET DE REPOS DU MARÉCHAL BUGEAUD
J.P. DEJEAN extrait de " aux échos d'Alger,n° 39 "

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----Promenons-nous dans le Sahel et prenons maintenant la route qui relie Sainte-Amélie à Saint-Ferdinand. Au passage, a la sortie du village, on aperçoit, dissimulée par des oliviers, une croix en fer forgé de forme et de style très pur mais dont le socle, plus que centenaire, s'effrite. Encore un objet d'art dont la région abonde et qu'il serait utile de sauver. Dès qu'on a quitté les dernières maisons de Sainte-Amélie, la route dévale en virages brusques vers une petite combe verdoyante qui porte le nom de "ravin des chacals". Le chemin remonte au milieu de riants vallonnements et en haut de la côte une longue allée, bordée d'arbres séculaires, apparaît.
-----Suivons-la. Elle nous conduit à un vaste quadrilatère de bâtiments nichés sous d'énormes eucalyptus, dont les frondaisons frémissent sous le vent venant de la mer, que l'on aperçoit proche par delà les champs s'étendant au pied de la colline. Une large porte ouverte dans de hauts murs qui furent autrefois des remparts, permet de pénétrer dans une cour aux larges proportions, bordée sur trois côtés par les bâtisses d'une grande ferme. Nous sommes au "marabout d'Aumale".

SES ORIGINES

-----Le "marabout d'Aumale" fut construit en 1843 par les soldats-laboureurs de Bugeaud, en même temps que Saint-Ferdinand et Sainte-Amélie. Un seul bâtiment fut édifié à l'origine et servait de pavillon de repos et de rendez-vous de chasse. Cependant, le "marabout d'Aumale" devait devenir, quelques années après, le berceau d'une famille algéroise, honorée et respectée : la famille de Galland.

-----En effet, le commandant de Galland, qui était à l'époque officier de l'armée Bugeaud, fut chargé par le maréchal de construire un hameau autour du pavillon déjà existant. Trois maisons furent édifiées qui abritèrent les familles de Galland et Bazin. Les enfants du commandant de Galland, dont Charles, qui fut proviseur du lycée Ben-Aknoun et maire d'Alger, vécurent leurs premières années de jeunesse dans ces habitations.

-----Les constructions, qui sont restées de nos jours ce qu'elles étaient à l'origine, étaient organisées de façon telle qu'on pouvait vivre sans compter sur l'aide extérieure. Les champs voisins, que l'on avait commencé à cultiver, fournissaient les légumes et le blé qui était travaillé au moulin banal. Le pain était cuit dans ce four de campagne que l'on retrouve dans toutes les cuisines de la région. Le cheptel et la basse-cour donnaient la viande. On ne pouvait, en effet, compter sur le ravitaillement venant d'Alger à dos de mulet et qui mettait près de 48 heures pour arriver. Une source, en contrebas d'un ravin, fournissait une eau très pure, mais on ne s'y rendait qu'avec précautions, car elle servait également d'abreuvoir à un couple de panthères. Le nom de "ravion de la Panthère" lui est d'ailleurs resté.

MAISONS PRÉFABRIQUÉES...

-----Les maisons furent construites selon les méthodes employées à l'époque, méthodes employées, à peu de chose près, pour nos actuelles maisons... préfabriquées.

-----Ce qui prouve qu'on n'invente rien !

-----En effet, les cadres des fenêtres et des portes étaient d'un modèle standard pour toute la région, tout comme les charpentes d'ailleurs. Les maçons, qui étaient à l'époque des soldats sachant aussi bien manier la pelle et la truelle que le fusil à piston ou la baïonnette, ne s'occupaient que d'édifier les murs, y pratiquant des meurtrières . Les boiseries et les charpentes arrivaient de France. Les forgerons fabriquaient sur place les ferrures et les clous et le tout était assemblé.

-----Plus tard, des hangars-furent construits et relièrent entre elles les habitations. Lors de fouilles pour les fondations, on découvrit des débris d'uniformes et des boutons qui ornaient les tenues des soldats du Génie en 1845.

-----Au milieu de la cour, un puits équipé aujourd'hui d'une noria, fournissait de l'eau aux habitants du hameau qui voulaient éviter de se rendre à la source.

PAVILLON DE CHASSE ET MARABOUT

-----De toutes ces constructions d'un intérêt historique indéniable, c'est encore le "marabout d'Aumale", ou plus exactement le pavillon de chasse, qui offre le plus de souvenirs. Ce bâtiment s'élève un peu en retrait du hameau principal, lui-même sur les bords du plateau qui domine la bande côtière. De ses fenêtres on aperçoit bien la plage de SidiFerruch et l'on découvre toute la plaine qui s'étend vers Alger et vers Cherchel. Ce pavillon d'agrément offrait ainsi la possibilité d'être un magnifique observatoire pour le maréchal Bugeaud qui, tout en prenant des loisirs, pouvait également rester facilement en contact avec les devoirs de sa charge.

-----Tout près du pavillon de chasse et en allant vers la source qui murmure en contrebas, on trouve le marabout de Sidibel-Ezrag, caché sous les oliviers. Ce lieu saint a toujours fait l'objet de pèlerinages des musulmans de la région. Autrefois, ceux-ci venaient prier au pied d'un olivier séculaire au tronc évidé qui était, paraît-il, le tombeau du saint. Depuis, un marabout a été édifié à proximité et reçoit de nombreux témoignages et vénérations.
De nos jours, le hameau du "marabout d'Aumale" est resté tel qu'il était il y a cent ans. Le propriétaire, M. Marès, petit-fils de la marquise de Tracesson, veuve d'un officier tombé au siège de Paris, en 1871, qui l'acheta en 1882, a su conserver aux bâtiments leur cachet original. Certes, il a fait moderniser les installations servant à l'exploitation de la propriété mais il a tenu, en homme amoureux des souvenirs historiques, à ce que le passé soit respecté. Et l'on ne peut que féliciter M. Marès qui a su, contrairement à beaucoup, conserver intact ce témoignage de l'histoire de l'Algérie.

LA CONSULAIRE

-----Près du "marabout d'Aumale" se trouve, sur une colline toute proche, une autre ferme de moindre importance, mais qui a conservé cependant quelques vestiges de l'époque de Bugeaud. Il s'agit de la Consulaire dont les origines remontent à la même époque.

-----Elle fut construite comme Sainte-Amélie par des condamnés militaires de l'armée Bugeaud, sous les ordres du colonel Marengo. La légende veut que le colonel Marengo, qui avait combattu en Italie sous les ordres de Bonaparte, alors 1er Consul, ait donné le nom de la "Consulaire" à cette ferme en l'honneur de celui qui devint Napoléon 1e . On prétend aussi que la "Consulaire" tire son nom du canon placé à l'Amirauté par les turcs et qui déchiqueta le corps du consul Levacher, attaché à la bouche de la pièce, lorsque les turcs tirèrent le premier coup de canon sur la flotte française qui croisait devant Alger.

-----Nous laissons aux historiens le soin de choisir ou de trouver la véritable origine du nom de la "Consulaire".

J.P. DEJEAN ( Extrait de l'écho d'Alger )