Bab-el-Oued,

ALGER d’hier… ALGER d’aujourd’hui
RUE FOURCHAULT

ALGER d’hier… ALGER d’aujourd’hui
RUE FOURCHAULT

Il y a quelque vingt ans, un estaminet se cachait, sous des charmilles, à l’extrémité de la rue Fourchault. On l’appelait, entre initiés : le « guet-apens ».

Nous disions : « Ce soir, rendez-vous au guet-apens »... comme les boucaniers disaient : « Ce soir, rendez-vous à la taverne de la « Jamaïque !... »

Cela donnait un petit air « Western » qui ne ratait jamais son effet et piquait au vif la curiosité des pauvres bougres qui nous écoutaient.

Tout cela était dû à la réglementation alors en vigueur, qui avait mis l’anisette hors la loi !

Tous les soirs, à la nuit tombante, de mystérieux visiteurs se glissaient dans la cour du « guet-apens », où le patron, sourire aux lèvres, les accueillait cérémonieusement, cependant que,
planté devant la porte, un éternel joueur de guitare surveillait les alentours.


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Echo du 28-8-1954 - Transmis par Francis Rambert
aout 2025

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ALGER d’hier… ALGER d’aujourd’hui

Pour situer rue Fourchalt
Plan Vrillon 1958



ALGER d’hier… ALGER d’aujourd’hui
ALGER d’hier… ALGER d’aujourd’hui
RUE FOURCHAULT

Il y a quelque vingt ans, un estaminet se cachait, sous des charmilles, à l’extrémité de la rue Fourchault. On l’appelait, entre initiés : le « guet-apens ».

Nous disions : « Ce soir, rendez-vous au guet-apens »... comme les boucaniers disaient : « Ce soir, rendez-vous à la taverne de la « Jamaïque !... »

Cela donnait un petit air « Western » qui ne ratait jamais son effet et piquait au vif la curiosité des pauvres bougres qui nous écoutaient.

Tout cela était dû à la réglementation alors en vigueur, qui avait mis l’anisette hors la loi !

Tous les soirs, à la nuit tombante, de mystérieux visiteurs se glissaient dans la cour du « guet-apens », où le patron, sourire aux lèvres, les accueillait cérémonieusement, cependant que,
planté devant la porte, un éternel joueur de guitare surveillait les alentours.

Un comptoir rustique, adossé contre un puits, trônait au fond de la cour. Le long du mur, dans une rigole en pierre, où courait une eau glacée, une bouteille rafraîchissait.

D’un geste arrondi le patron déposait des verres sur le zinc et, d’autorité, les emplissait d’anisette.

L’attrait du fruit défendu ! Je n’ai jamais plus retrouvé dans les anisettes du commerce la saveur de cette « oguardiente » clandestine.

Quelquefois, de la rue, un air de guitare s’élevait et, comme par enchantement, à ce signal, tout disparaissait précipitamment.

Changement de décors !

D’inoffensives limonades remplaçaient sur le zinc les verres et la bouteille d’anisette, descendus promptement, dans un seau, au fond du puits.

Le patron recevait avec une courtoisie affectée ces « Messieurs des Fraudes » qui s’en retournaient, bredouilles, après s’être désaltérés d’un bock, difficile à avaler.

Sitôt les visiteurs indésirables décampés le joueur de guitare entrait se « taper » l’anisette.

Heureux temps où pour quelques francs on pouvait se régaler, sous les charmilles du « Guet-apens » d’escargots à la sauce piquante, d’œufs à la soubressade, de sardines grillées ou de quelques « amourettes » dont la recette, jalousement gardée, fut emportée dans la tombe par le maître de céans !

Après le repas, servi par petites tables, on dansait au son d’un piano mécanique fatigué, qui égrenait quelques javas.

Làs ! Le palmier et les charmilles du « Guet-apens » ne sont plus.

- Boire une anisette, redevenue licite, n’offre plus qu’un banal intérêt. Et la rue Fourchault, désormais silencieuse et digne, s’est prise à ressembler terriblement à la rue Sans joie !