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Les statues d'Alger

Quelle est la plus petite ville de France ou d'ailleurs qui ne possède sur l'une de ses places publiques, à un carrefour de rues, le buste, l'image en pied ou équestre de son " enfant du pays "

Je n'en connais guère qui aient renoncé à cette douce et inoffensive coutume que le Larousse désigne sous le nom évocateur de statuomanie.

Alger et l'Algérie n'y devaient pas manquer - comme il est juste. Déjà, alors que les troupes de débarquement s'occupaient, dans la journée du 29 juin 1830, à investir le fort l'Empereur avec Berthezène, Loverdo, d'Escars et bien d'autres, M. Alphonse de Fontvanne adressait à la " Gazette de France " la lettre suivante :
" La conquête d'Alger est un triomphe de l'humanité sur la Barbarie ; cette gloire que la France vient de s'acquérir est un bienfait pour l'Europe.

Permettez-moi de proposer par la voie de votre journal un but de souscription éminemment digne de la France, de son Roi et du glorieux fait d'armes de ses enfants.

Qu'une colonne triomphale s'élève, couronnée de la statue de notre Roi Charles X, Charles le Bienfaisant. Que le bronze serve cette fois à consacrer un succès obtenu en faveur de l'humanité.

Que sur ce monument soient consignés l'hommage de la France à la gloire de son Roi, et sa reconnaissance pour ses braves armées de terre et de mer, et les dignes chefs qui ont été appelés à l'honneur de les commander.


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les feuillets d'El-Djezaïr - Henri Klein - Commémorations urbaines et extra-urbaines - Statue du Duc d'Orléans- AUTRES EFFIGIES - sur site le 24-5-2009

Les statues d'Alger. - Maréchal Bugeaud - Afrique illustrée du 16-6-1934 - oct.2021

Les statues d'Alger.LE MARÉCHAL PELISSIER. Afrique 14-7-1934

 

Afrique du nord illustrée du 21-4-1934 - Transmis par Francis Rambert
mis sur site : oct.2021

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Les statues d'Alger
Les statues d'Alger.

Quelle est la plus petite ville de France ou d'ailleurs qui ne possède sur l'une de ses places publiques, à un carrefour de rues, le buste, l'image en pied ou équestre de son " enfant du pays "
Je n'en connais guère qui aient renoncé à cette douce et inoffensive coutume que le Larousse désigne sous le nom évocateur de statuomanie.
Alger et l'Algérie n'y devaient pas manquer - comme il est juste. Déjà, alors que les troupes de débarquement s'occupaient, dans la journée du 29 juin 1830, à investir le fort l'Empereur avec Berthezène, Loverdo, d'Escars et bien d'autres, M. Alphonse de Fontvanne adressait à la " Gazette de France " la lettre suivante :
" La conquête d'Alger est un triomphe de l'humanité sur la Barbarie ; cette gloire que la France vient de s'acquérir est un bienfait pour l'Europe.
Permettez-moi de proposer par la voie de votre journal un but de souscription éminemment digne de la France, de son Roi et du glorieux fait d'armes de ses enfants.
Qu'une colonne triomphale s'élève, couronnée de la statue de notre Roi Charles X, Charles le Bienfaisant. Que le bronze serve cette fois à consacrer un succès obtenu en faveur de l'humanité.
Que sur ce monument soient consignés l'hommage de la France à la gloire de son Roi, et sa reconnaissance pour ses braves armées de terre et de mer, et les dignes chefs qui ont été appelés à l'honneur de les commander.
Que tous les Français dignes de ce nom contribuent à son érection ; que même la plus faible souscription soit accueillie dans ce nouveau concours de tous, les sentiments qui ont fait la gloire de la France... "
Ce fut là, du moins je me crois autorisé à en accepter la certitude, la première manifestation de... statuomanie qu'ait inspirée Alger.
Il devait en sourdre bien d'autres, de plus baroques, de plus compliquées ou de plus louables qui, pour une raison ou pour une autre, demeurèrent à l'état de projet et sur lesquelles, faute d'indication précise, nous ne saurions insister.

On frappa il est vrai force médailles - forme plus discrète ou moins conséquente de la statuomanie _ depuis celle illustrant le siège d'Alger par Charles-Quint (1541), le siège d'Oran par Hassan-Pacha (1564), la libération des esclaves chrétiens (1663), l'alliance de Louis XIV, Soliman III, Mazzomorto et Jacques II (1668), etc., etc.. jusqu'aux médailles gravées de 1830 à 1866, par Bayard, Caqué, Borrel, etc., avec, pour sujet, la prise d'Alger, de Mascara de Constantine ; le passage des Portes de fer ; les combats de Mazagran, la transportation des insurgés de 1848, la visite de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie à Alger, et tant d'autres.

Les statues demeurent - en principe. Les générations se succèdent. Après cinquante ans, combien sont-ils ceux qui se souviennent, qui savent ?
Ne vous est-il pas arrivé de découvrir un jour, par hasard, la... statue du " Père Bugeaud " ?

Vous l'avez regardée alors, étonné, peut-être intéressé, et vous vous êtes dit : " chaque jour depuis des mois, des ans, je passe devant elle ; mais c'est bien la première fois que je la vois !"

Un autre jour vous avez découvert de la même manière, le Duc d'Orléans, Lamy, Maillot... Et votre mémoire a pu ne vous restituer à leur sujet que d'assez imprécises réminiscences.

Il nous a donc paru qu'il ne serait pas tout à fait inutile de feuilleter aujourd'hui l'album d'ailleurs très modeste de notre statuaire urbaine ; et d'y cueillir quelque enseignement, quelque anecdote, quelque ressouvenance pittoresque.

La première planche qui s'offre à nos yeux, si nous respectons l'ordre chronologique, est celle dédiée à la gloire du Duc d'Orléans.

Nous aurons loisir, si vous le voulez bien, de consacrer quelques prochaines pages à Bugeaud, à Pélissier, à Lamy, à Maillot ; et aussi, à celui qui fut véritablement un " enfant du pays " : René Viviani.

Duc d'Orléans.

Ferdinand-Philippe, duc d'Orléans, héritier du trône de France, fut blessé une première fois en 1835, au cours de la bataille du Sig. Ce qui ne l'empêcha point de prendre part le lendemain au combat d'Ouled-Sidi-Brahim, et d'y avoir une aussi brillante attitude.

Son retour en Algérie a lieu en 1839. Son rôle est alors d'inspecter l'armée, très misérable, bien que glorieuse. Le Duc écrit au Roi à ce sujet : " J'attacherai ma gloire à ce que l'amélioration du sort des soldats date du voyage du Prince Royal ; je mettrai plus d'ambition à la conquête d'un matelas et d'un toit pour les malades qu'à la prise d'une place forte ".

L'organisation sanitaire laisse terriblement à désirer. La nourriture est mauvaise. Le Duc s'ingénie à y remédier. Et il y parvient magnifiquement.
Entre temps, il effectue, dans la compagnie du Maréchal Vallée, le passage des Portes de fer ; et le 12 mai 1940, il prend le Col de la Mouzaïa " chargeant, une badine à la main, à la tête de ses fidèles tirailleurs de Vincennes ".

Le Duc d'Orléans fut tué le 13 juillet 1842 à Neuilly, dans un accident de voiture.

L'Algérie songea aussitôt à perpétuer le souvenir de ce prince qui, par le fait d'une politique heureuse et intelligente avait ménagé un terrain particulièrement fécond sur lequel Bugeaud allait pouvoir déployer une activité remarquable.

On mit le projet du monument au concours. De nombreuses maquettes parvinrent an Comité. Celle du sculpteur Marochetti, auteur de la Bataille de Jemmapes, de l'Arc de Triomphe, fut retenue et exécutée, sans doute parce qu'elle exprimait avec davantage de fidélité et de sens, artistique, la noblesse de l'homme et la fière allure du soldat qui " s'inscrivit parmi les plus utiles serviteurs de l'Algérie ".

Nous reproduisons dans ces colonnes un projet absolument inédit, d'auteur inconnu, qui, comme bien d'autres, ne fut pas agréé.
L'inauguration eut lieu le 28 octobre 1845, à 2 heures. La milice et les zouaves encadraient la Place Royale. Le général Barre et le comte Guyot prononcèrent les discours d'usage devant une foule immense et enthousiaste.

Un journal de l'époque, qui relate fidèlement les faits, rapporte que : " l'artillerie mêla sa voix à celle des clairons et des fifres un peu trop tôt, car la queue du cheval s'opposa un fort long temps à la chute du voile..."

M. Henri Klein, dans son cinquième volume des des feuillets d'El-Djezaïr qu'il est fort intéressant de relire, nous apprend qu'un double de la statue du Duc d'Orléans fut coulé pour le Louvre et exposé dans la cour d'honneur. Cette œuvre, que le peuple de Paris renversa en 1848 fut définitivement placé à Versailles, dans une cour à gauche, au pied du grand escalier.

La légende ne perd jamais ses droits. On raconte volontiers que, peu de temps, après la cérémonie de l'inauguration, le sculpteur Marochetti mit fin à ses jours, car il avait juré de se tuer dans le cas où son œuvre serait incomplète par quelque détail que ce soit. Or, pour un œil averti, l'œuvre est incomplète : il y manque, en effet, la gourmette qui fixe d'ordinaire le mors de bride dans la bouche du cheval...

Notons, en passant, que Marochetti ne mourut guère qu'en 1868, c'est-à-dire vingt-trois ans après les fêtes du 28 octobre 1845. Sous la présidence du Prince Louis-Napoléon, on plaça à quelque distance du monument un immense candélabre de bronze supportant un aigle aux ailes éployées. Ce candélabre fut supprimé en 1852.